Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Par Blog des choristes des CP13
Il y avait foule hier soir au Théâtre des Champs-Elysées pour entendre l'Orchestra of the Age of
Enlightenment dirigé par Sir Simon Rattle. Une longue file de postulants de dernière minute aux places
libres se déroulait à l'intérieur du théâtre, devant les caisses. J'eus une discussion humoristique avec une dame
qui attendait pour une place, et nous avons, en ces temps de Vigipirate, échangé nos expériences de palpations incongrues...
Les machines à flasher devaient être en panne, car les billets étaient seulement lus visuellement par le contrôle. Je montai au premier balcon, et comme ma place était tout au bout de la rangée, plutôt que de faire lever les personnes déjà assises, j'y accédai par l'extrémité du couloir. J'appris plus tard que je n'étais pas assise sur le rang R, mais sur le rang S, mais bien à la place n°10.
Voici le théâtre vu de la place S10, et non de la place R10 qui était la mienne:
Le théâtre n'était pas aussi plein que pour le Magnificat, mais peu s'en fallait.
Le programme comportait l'Ouverture tragique opus 81 de Brahms, le Scherzo de la
symphonie n°1 de Rott (ma pièce préférée de la soirée), et la sixième symphonie de Bruckner.
Les trois œuvres de la soirée avaient été composées à l'époque d'une vive querelle de musiciens viennois,
revendiquant tous l'héritage beethovenien. Il était intéressant de les entendre dans un même programme
pour apprécier à distance ce qui les séparait. L'Ouverture tragique de Johannes Brahms, dont on ne connait
pas l'histoire (de l'Ouverture), mais qui est peut-être seulement le pendant de son Ouverture pour une fête
académique, déjà commentée dans ce blog, fut créée en 1880 à Vienne. Cette œuvre, qui dure une douzaine
de minutes, est d'une écriture complexe pour cette durée modeste, basée sur deux thèmes principaux
et de nombreux motifs secondaires, selon un art constructif qui serait, nous disait le livret, une technique
dramatique directement héritée de Beethoven. Le deuxième compositeur de la soirée, Hans Rott, était
élève au conservatoire de Vienne avec Bruckner, et Mahler dont il était l'ami. Il est mort à 26 ans après
avoir été interné en psychiatrie, laissant quatre-vingt compositions, dont sa symphonie en mi majeur de
1880. Le scherzo de cette symphonie, qui a été joué en seconde œuvre de la première partie du concert
m'a paru émerger, par sa créativité, de l'académisme ou des convenances des œuvres de Brahms et
Bruckner. Il y avait même une manifestation d'humour, d'un compositeur qui ne se prenait pas trop au sérieux, à écrire
des phrases musicales réparties entre les pupitres, chaque pupitre jouant quelques notes et passant la suite de la phrase,
comme un mistigri, à un pupitre différent. A la mort de Rott, Mahler considéra que ce que la musique avait
perdu avec lui était inestimable. Personnellement, le scherzo de Rott ne m'a pas
évoqué Beethoven, mais plutôt une voie nouvelle dans l'art de la symphonie.
Le livret qualifiait la sixième symphonie d'Anton Bruckner, qui formait la deuxième partie du concert, de
relativement concise dans ses dimensions (i.e. seulement 65 minutes). Seuls deux mouvements seront
créés à Vienne en 1883, Bruckner mourra avant sa création complète. Le livret soulignait que cette
symphonie témoignait d'un art inventif et expressif proche du projet beethovenien de renouvellement
des formes. Je l'ai trouvée moins intéressante que la 8è... et plus pesante qu'une symphonie de Beethoven.
Donc, dans le projet beethovenien de renouvellement des formes, pour ce concert, je classerais
de la manière suivante : premier, le scherzo de Rott, deuxième, l'ouverture de Brahms,
troisième, la 6è symphonie de Bruckner. Mais je ne suis qu'une blogueuse mélomane...
L'Orchestra of Enlightenment a été formé il y a trente ans par des musiciens londoniens, soucieux de
revisiter la notion d'orchestre. Pas de chef, mais des « artistes principaux », dont sir Simon Rattle fait partie.
Sir Simon avait fait salle comble plusieurs jours d'affilée à la Philharmonie il y a quelques mois, avec
l'intégrale des symphonies de Beethoven, ajoutant son prestige à l'amour du public pour le compositeur.
Les oeuvres de la soirée étaient moins connues probablement, mais le public était averti!
Sir Simon, très gracieux, et l'Orchestra of Enlightenment furent très applaudis.
Sylvie, blogmestre
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