Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Par Blog des choristes des CP13
J'ai assisté hier soir à un superbe et flamboyant concert d'Arnold Schönberg à la Philharmonie de Paris,
il s'agissait des Gurre-Lieder et du Schönberg post romantique, avec orchestre géant et grand choeur.
Ci-dessous, une photo du gigantesque orchestre (environ 150 musiciens, dont 12 contrebasses!),
composé de l'Orchestre de l'opéra national de Paris, surmonté du choeur (environ 120 choristes répartis
en un tiers de femmes, deux tiers d'hommes), provenant des choeurs de l'Opéra de Paris, et du Choeur
philharmonique de Prague), sous la direction de Philippe Jordan.
Les Gurre-Lieder ont été commencés en 1900, et appartiennent à la période postromantique de Schönberg,
ils ne seront créés que treize ans plus tard. Les Lieder ont été composés sur des poèmes intitulés
Gurresange, de l'écrivain danois Jans Peter Jacobsen. L'oeuvre musicale aurait été composée en quelques mois,
selon Schönberg, mais le papier musique à 48 portées, indispensable à l'écriture de la monumentale orchestration, manquait,
ce qui retarda la création ! Les poèmes de Jacobsen évoquent les amours impossibles de Waldemar le ténor
et de Tove la soprano au château de Gurre. Dans cette œuvre, les grands solos alternent avec les
séquences chorales, ce qui l'assimile à une grande cantate ou à un oratorio, ou encore à une légende
dramatique telle que la Damnation de Faust de Berlioz. Mais les Gurre-Lieder peuvent aussi être les
héritiers de l'opéra fantastique allemand du XIXè siècle. Lorsque l'oeuvre fut créée dans sa version définitive,
à Vienne en 1913, l'accueil du public fut triomphal, ce qui, selon le livret, sembla contrarier Schönberg, car cet
accueil laissait penser que le style des Gurre-Lieder était plus accessible que celui de ses œuvres suivantes...
Les deux rôles principaux de Waldemar et de Tove étaient interprétés dans le concert par Andreas Schager,
et Irène Théorin, qui portait une longue robe rouge avec une traîne. Le livret donnait les textes chantés des poèmes
de Jacobsen, dont je vais vous livrer quelques extraits pour vous mettre dans l'ambiance … « Minuit vient de sonner, et de
malheureux morts sont sortis de tombeaux oubliés depuis longtemps, ils regardent avec regret les lumières du bourg, et celles des
maisons, et le vent ironique leur apporte les bruits de fête et les chansons d'amour. » « Vidons une coupe d'or, ensemble, en
l'honneur de cette puissante mort qui rend plus beau » (version XIXè siècle du "Die young, stay pretty!" du XXè siècle)
« Le soleil se coucha, un glas tombait de la cloche, j'ai volé loin, loin vers le deuil et la mort. Le faucon d'Helwig a déchiré le
ramier de Gurre. » Et le final, chanté par le choeur « Vois, le soleil tout brillant au bord du ciel salue votre rêve. Riant, il monte
des flots de la nuit, faisant de son front clair voler l'or de ses rayons. » Romantismes allemand et nordique mêlés.
Philippe Jordan dirigeait de sa direction très expressive, de tout son corps en usant de multiples gestes
que ses musiciens suivaient instantanément. A la fin du concert, il a étreint chaleureusement les deux
solistes, on sentait le bonheur d'avoir réussi ce morceau de bravoure collective. C'était agréable de voir
sur scène les musiciens de l'orchestre national de l'Opéra de Paris qui habituellement sont dans la fosse
d'orchestre. J'ai été frappée par la puissance vocale des solistes, ainsi que par celle des choristes. Quand
j'ai vu une quarantaine de sopranes et d'altos pour le double de ténors et de basses (habituellement la proportion
est inverse, on admet qu'un homme peut produire autant de décibels que deux femmes), et que les dames étaient placées
en haut, je me suis inquiétée pour elles. Eh bien pas du tout, les voix féminines du Choeur de l'Opéra
de Paris passaient parfaitement par-dessus celles de leurs collègues masculins. Quelqu'un devant moi s'étonna
de la disposition du choeur, groupé au centre de la « corbeille choeur ». Je pense que si on avait déployé un choeur aussi
sonore sur toute la largeur de la corbeille, les auditeurs les plus proches auraient été un peu assourdis...
J'avais hésité à aller entendre ce concert, la suite de l'oeuvre de Schönberg m'étant assez impénétrable.
Je n'ai rien regretté! J'ai beaucoup aimé les Gurre-Lieder, et l'interprétation flamboyante qui en a été faite
hier soir. C'est l'un des plus beaux concerts de mon année musicale. Bravo à tous, et merci !
Merci aussi aux personnes qui ont rédigé le livret, très clair et très intéressant, qui m'a bien aidée.
Sylvie, blogmestre
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