Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier je suis partie assez tôt de chez moi, vers 19h, pour aller à la Philharmonie écouter
la Messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach, par l'ensemble Pygmalion et solistes.
Etant à hauteur de Saint-Michel Notre-Dame vers 19h30, je suis sortie à la lumière pour aller saluer notre
grande blessée et vérifier que son état s'améliorait, ce que le recul du cordon de sécurité m'a confirmé.

Après tout, j'allais écouter une messe, je pouvais l'associer à ma soirée, elle qui a été édifiée à cette fin.
La rosace de vitraux aux nanoparticules médiévales me fit bonne impression,
et je repris le métro vers la Porte de Pantin.

Un flot d'auditeurs sortit du métro en même temps que moi, toujours divers, mais affluant vers la
même musique. J'avais acheté le matin un billet au 2è balcon, surplombant l'arrière-scène.

Il n'y avait plus de programme à mon entrée et mes voisins étaient déjà en place. Ce n'était pas grave:
je connais cette messe par coeur. Quand j'avais pris mon billet tout était vendu.

La messe en si mineur de Bach est une oeuvre singulière, à maints égards, puisqu'il
s'agit d'une messe catholique, alors que le compositeur était protestant. Elle fut composée
à partir de pièces disparates dont certaines furent "recyclées" (le Gloria, par exemple,
existe antérieurement sous forme de cantate), comporte un nombre impressionnant de
clés numériques ayant des significations pour auditeurs avertis, et alterne les tempos,
les choeurs et les solis, la tonalité de si mineur ne s'appliquant pas à toutes les pièces.
Elle est considérée comme l'oeuvre la plus difficile du répertoire choral classique.

D'une durée approximative de deux heures, selon la vitesse de l'exécution, il s'agit
d'une oeuvre à la fois profondément spirituelle et particulièrement brillante. Il y avait hier
soir pour l'interpréter, 29 choristes, 5 solistes, des violons, altos, violoncelles, contrebasses
un théorbe, un orgue et un clavecin, des flûtes et hautbois baroques, des timbales,
bassons, un cor et des trompettes droites baroques (sous réserve d'oubli!). La partie chorale
est à cinq voix, à l'exception du Gratias, Qui tollis, second Credo (Patrem omnipotentem),
Crucifixus, Dona nobis pacem, qui sont à 4 voix, et du Osanna, chanté deux fois, qui est
en double choeur à deux fois quatre voix. Les choristes étaient répartis, selon mon
observation, en deux fois 5 sopranes, trois alti et quatre contreténors, cinq ténors et cinq
basses.La messe commence par un Kyrie eleison à 5 voix, lancé vers le ciel a capella,
puis continué par les motifs de cette première pièce, alternant les instruments seuls, avec
le choeur et les instruments, qui dure plus de dix minutes, où les fugues se succèdent.
Je ne vais pas vous faire une description exaustive, car le site Philharmonie Live a diffusé hier soir en direct
ce concert, je vais l'incruster et vous pourrez ainsi le savourer à votre aise, si vous ne l'avez pas entendu
sur place (l'acoustique de la salle était quand même meilleure que les hauts-parleurs de mon ordinateur!)
J'ai beaucoup aimé les pièces très enlevées: Gloria, Cum sancto spiritu, Et resurrexit,
Et expecto (celles où il y a des trompettes!), et le Crucifixus m'a donné des frissons.
L'interprétation était tour-à-tour enjouée ou recueillie, parfaite.

L'ensemble Pygmalion était dirigé par Raphaël Pichon, qui me fit l'effet d'être un successeur
naturel de Philippe Herreweghe, tant, malgré sa jeunesse, le résultat fut accompli. Deux
heures de pur bonheur, une direction nerveuse ou souple et précise, j'ai chanté mentalement
toute la messe avec les choristes, c'était un vrai régal. Des détails m'ont frappée sur la manière d'attaquer
les entrées (particulièrement le redoutable Et incarnatus est) et de pousser les aigus, écoutez bien,
les choristes qui lirez cet article... il doit y avoir une technique à s'approprier.

Le public fit un triomphe aux interprètes, ce qui leur fit certainement grand plaisir, mais à moi aussi.
Entendre à un concert classique, pour une messe de Bach, un enthousiasme identique à celui qu'on entend
habituellement dans les salles d'opéras, c'était extraordinaire. Je n'ai pas compté les rappels, mais il y en eut
beaucoup. La salle était totalement conquise. Bravo à tous les musiciens, choristes, solistes, et au jeune chef.
N'ayant pas reçu de programme, je ne donnerai pas le nom des solistes, mais à ma surprise, et à
l'applaudimètre; la star de la soirée, c'était le chœur (la salle devait être pleine de choristes…)
J'ai eu une pensée pour mes camarades des Choeurs de Paris XIII, avec qui nous en avons chanté, de la
messe en si, qui constituait une sorte de fonds commun, et l'oeuvre favorite de Pierre Molina, peut-être
présent dans la salle hier soir. (Pierre, rue-toi sur la vidéo, si tu n'y étais pas!) J'ai aussi eu une pensée
pour ma camarade de pupitre et de solfège de l'année 2008-2009, dans cette redoutable voix de
2è soprane de sueur et de larmes, où nous étions si peu nombreuses, calées entre les altis et les "vraies"
sopranes, et qui était probablement elle aussi dans la salle hier soir. Elle se reconnaîtra.
Nous sommes ressortis assez tard, vers 22h50, de la Philharmonie,
et je suis repartie en fredonnant le Osanna (la sueur et les larmes, finalement, ont du bon !)
Sylvie, blogmestre
Voici la vidéo du concert, visible aussi sur le site de la Philharmonie (j'ignore pourquoi
elle disparait ou réapparait sur le blog, ce n'est pas moi qui en modifie l'affichage)