Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir, c’était la rentrée de l’Orchestre de Paris et de son choeur à la Philharmonie, sous la direction
de Daniel Harding. Le programme proposait deux oeuvres courtes de compositeurs français, et une
oeuvre longue d’un compositeur allemand, sur trois époques différentes. La première oeuvre était un
motet de Josquin des Prés “Christus mortuus est”, la deuxième le psaume 129 de Lili Boulanger “Ils
m’ont assez opprimé dès ma jeunesse”, et la troisième la cinquième symphonie d’Anton Bruckner.
Josquin des Près était franco-flamand, il naquit au milieu du XVè siècle et mourut en 1520, il
était donc contemporain de François Ier, et artiste du début de la Renaissance. Chantre et maître
de chapelle, il fut aussi “bicantor”, c’est-à-dire que sa tessiture lui permettait de chanter
indifféremment dans deux pupitres différents. Il écrivit des messes, des motets, et de la musique
profane, dont beaucoup de chansons d’amour, la plus connue étant probablement “Mille regretz
de vous abandonner”, dans une langue proche de Villon, mais avec une harmonie du XVIè siècle.
Très connu à son époque, Josquin des Prés (c’est un surnom) inspira de nombreux musiciens
et il est parfois difficile de savoir qui écrivit réellement les oeuvres qui lui sont attribuées.
Le motet “Christus mortuus est” est écoutable en ligne.

Lili Boulanger était une jeune prodige française née à la fin du XIXè siècle (trois ans après la tour
Eiffel, aurait dit mon arrière-grand-mère), qui mourut de la tuberculose en 1918. Enfant, elle avait
appris le piano avec Gabriel Fauré, puis apprit aussi le violon, le violoncelle, la harpe, et l’orgue, et fut
premier Prix de Rome en composition, en 1913. Elle écrivit des oeuvres instrumentales, vocales,
orchestrales et chorales, parmi lesquelles trois psaumes, et parmi ces trois psaumes “Ils m’ont assez
opprimé dès ma jeunesse”, dont la force musicale est frappante, surtout lorsqu’on connait la
faiblesse constitutionnelle de son auteur. Ce psaume, n°129, est écoutable ci-dessous.
N’étant plus allée à la Villette depuis juin, j’avais un peu perdu le rythme… Je partis trop tard, et arrivai en retard, vers
20h45, alors que le concert débutait à 20h30. Je ratai ainsi le motet de Josquin des Près, ce qui moult me
marrit, car j’aime beaucoup la musique de la Renaissance. Je fus accueillie à l’entrée par un jeune homme
qui m’expliqua que les retardataires pourraient entrer entre deux pièces, et regarder et entendre le concert devant le
grand écran de télévision qui est au rez-de-chaussée (niveau 3) près du bar. C’est là que j’entendis le psaume
de Lili Boulanger, en compagnie d’autres personnes, interprété par l’orchestre de Paris et son choeur.
Quand les applaudissements retentirent, nous fûmes autorisés à entrer dans la grande salle.
J’avais une place au dernier rang du premier balcon en bout de rangée, que je gagnai directement pour entendre
la symphonie, car il n’y eut pas d’entracte. Je ne reçus pas non plus de programme, et aucun de ceux-ci n’était disponible
à la fin du concert, qui sera redonné ce soir (ce qui explique que l’on ait sans doute rangé les excédents dès le début
du concert d’hier soir). Les oeuvres étant connues, je devrais parvenir à faire, cependant, un article sur
ce blog sans difficulté. Je constatai que le premier balcon avait été doté latéralement de barres de sécurité
qu’il ne présentait pas jusque là, on les devine sur la photo ci-dessous, le long des escaliers
Anton Bruckner a écrit 9 symphonies, dont la dernière inachevée. La 5è se situe au milieu de son
oeuvre symphonique, pour l’écriture (1875-1877), mais ne sera créée qu’en 1894, deux ans avant la
mort du compositeur, qui, malade, ne pourra assister à cette création. Créée par l’un de ses élèves, elle
a été allégée par celui-ci, et dure environ 75 minutes. Sa structure est classique, en 4 mouvements, les
1er et 4è, adagio puis allegro moderato, le 2è sehr langsam, le 3è molto vivace, et l’oeuvre est dédiée
au ministre de l’éducation de l’époque, protecteur du compositeur. En 1935, une version sans les
coupes pratiquées initialement sera éditée. Bruckner considérait que sa 5è symphonie était son chef
d’oeuvre de contrepoint, une symphonie dans l’esprit de Bach, référence incontournable en
musique sacrée pour l’âme mystique et religieuse qu’était le compositeur allemand.

Libérée, d’une certaine manière, du programme, je me suis laissé porter par la musique.
L’introduction pianissimo sur un puis deux types d’instruments, très brucknérienne, ouvrait l’oeuvre
et revenait sur un autre mouvement. L’orchestre et son chef étaient habités par leur interprétation,
magistrale, suscitant des applaudissements entre les mouvements auxquels Daniel Harding
répondait d’un bref remerciement de la tête. Il y eut des envolées éclatantes, où les cuivres et les
contrebasses étaient particulièrement présents, les sons étant fondus, j’avais l’impression, de ma place
qui surplombait ces instruments, que c’était les contrebasses qui produisaient les sonorités cuivrées…
Il y avait un grand monsieur devant moi, qui partit dès la fin du concert, et qu’on ne voit pas sur les
photos, mais le résultat visuel était que je voyais d’un côté les violons et le chef, de l’autre l’arrière
de l’orchestre, la partie médiane étant occulte pour moi (notamment les bois). Mais j’étais très
heureuse d’avoir eu une place au premier balcon, d’où j’étais acoustiquement au coeur de la
symphonie. L’arrière-scène n’avait pas été utilisée à cause du choeur sur les premières oeuvres.
La symphonie fut superbe, et je souhaite à Daniel Harding une bonne récupération aujourd’hui
avant le deuxième concert, la direction en paraissant épuisante. L’orchestre fut très applaudi,
et le chef revient plusieurs fois saluer le public, qui se montra très enthousiaste.
Nous sommes ressortis de la salle vers 22h10, ce qui était inespérément tôt, et m’a autorisée à musarder un peu
en rentrant chez moi (je n’étais plus sortie le soir dans Paris depuis plus de deux mois…) Je complèterai cet article
dans la journée par quelques détails sur les oeuvres présentées, et vous recommande le
deuxième concert qui aura lieu ce soir à la Philharmonie à 20h30.
Sylvie, blogmestre