Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir j’ai entendu avec un immense plaisir l’oratorio Elias de Felix Mendelssohn,
à la Philharmonie, interprété par le Freiburger Barockorchester et le RIAS Kammerchor
sous la direction de Pablo Heras-Casado.
J’avais une place de catégorie 6 au 2è balcon, mais appris en y parvenant que des places libres existaient plus
près de la scène, et qu’on avait fermé l’arrière-scène pour cette raison, je me replaçai donc au
premier balcon, à la place C70, latérale et proche des musiciens et choristes, voir photo.
J’ai chanté cet oratorio en concert avec les Choeurs de Paris XIII en 2011, qui nous avait paru facile au premier abord,
après la messe en si mineur de Bach chantée en décembre 2010, avec son écriture ample, et seulement quatre voix
(ce qui est beaucoup plus confortable pour les sopranes…), mais il recelait des difficultés différentes: le texte
allemand, les interventions épurées des pupitres toutes audibles et repérables par l’auditeur, avec l’obligation
de réussir (le baroque très orné permet quelques omissions involontaires qui ne s’entendent pas),la demande
de puissance et d’âme, et, en ce qui me concernait… le poids de la partition (étant fibromyalgique, j’avais choisi la
moins lourde, plus de 800g quand même, une tension à soutenir pendant un concert de deux heures).
Nous avions la chance d’entendre hier soir un orchestre baroque et un choeur de qualité
exceptionnelle, dirigés à mains nues par un chef étonnant, avec une grande précision et une
attention de chaque instant, pour un résultat qui a suscité l’enthousiasme du public. L’adhésion
des auditeurs se mesure toujours à la qualité de leur silence, il était bien "d’or" hier soir.
Mendelssohn, qui composait et se produisait depuis l’enfance, reçut aussi une éducation
supérieure en sciences humaines, à l’université de Berlin. En 1829, à l’âge de 20 ans, il dirige la
première reprise de la Passion selon Saint-Matthieu, tombée dans l’oubli depuis la mort de Bach,
dont il va assurer la redécouverte. En 1835, il est nommé directeur du Gewandhaus de Leipzig, ville
où Bach était cantor de l’église Saint-Thomas. Il écrit son premier oratorio, Paulus, en 1836, et le
succès rencontré par cette création va l’inciter à composer un second oratorio, d’après le Livre des rois,
Elias. Le prophète Elie (Elias en allemand), lutte contre le roi Achab et sa femme Jézabel,
qui vénèrent le dieu Baal, alors que lui ne reconnait qu’un seul Dieu, Jehovah (Baal était cette
divinité antique inspirant la terreur, à qui l’on sacrifiait des humains par le feu). Elie est un prophète
“énergique et fervent, mais aussi sévère, courroucé et sombre”, selon Mendelssohn. Il monte aux
cieux sur un chariot de feu… Certains passages de l’oratorio rappellent les passions
de Bach, par leur texte (quoiqu’il provienne de l’Ancien Testament) et dans
l’utilisation expressive des interventions de la foule, attribuées au choeur.
L’oratorio a été commandé au compositeur par le Festival de Birmingham (Mendelssohn avait
séjourné en Grande-Bretagne). Sa première représentation se fera en langue anglaise, sous le titre
d’Elijah, en 1846. Contrairement à Paulus, qui contient de longs passages narratifs, dans Elias, c’est
l’élément dramatique qui domine, les personnages vivent ce qu’ils décrivent, ce qui le rapproche des
oratorios de Haendel. Ce second oratorio de Mendelssohn devait être créé en version allemande par
son compositeur à Berlin, en 1947, mais le concert fut annulé. Il sera donné à Vienne un mois
plus tard, dix jours après la mort précoce de celui-ci, hélas, à l’âge de 38 ans.
Voici ci-dessous les photos des solistes et du chef, et ci-dessus du choeur, composé de 42 choristes,
puissants comme s’ils avaient été deux fois plus nombreux… et en même temps particulièrement
remarquables dans les pianissimos. Matthias Goerne qui interprétait Elias fut ovationné.
Les musiciens, solistes, choristes, et le chef furent bissés. Le chef, devant notre insistance, hésita
et sollicita ses chanteurs du regard, qui firent signe qu'ils ne le souhaitaient pas. En 2011, nous
avions bissé le choeur dont un extrait de la partition figure ci-dessus, "Dank, sei Dir Gott", qui termine la première
partie, et je me souviens que notre bis de choristes amateurs fut meilleur que l'original (plus d'angoisse!),
mais nous avions raccourci l'oeuvre d'une demi-heure... et nous étions plus nombreux à chanter.
Une soirée extraordinaire, je n'ai pas trouvé sur internet d'enregistrement de cette oeuvre
par les artistes présents hier soir, mais voici celui d'un choeur d'étudiants munichois dans l'un des plus jolis
extraits de l'oeuvre, le double choeur n°7 de l'oeuvre "Denn er hat seinen Engeln befohlen über dir".
Sylvie, blogmestre