Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier 21 septembre, dernier jour de l'été, après une journée mouvementée, j'ai décidé in-extremis
de sortir de chez moi, et d'aller entendre la symphonie pathétique à la Philharmonie. Partie vers
19h35, je suis arrivée juste à temps pour acheter un billet au 2è balcon, dernier rang, ci-dessous.
La salle n'était pas entièrement remplie, on me dit que je pouvais me placer où je voulais.
J'avançai donc de quelques rangs, et me rapprochai de la scène. J'étais à peine assise
que les lumières ont baissé, l'orchestre étant déjà installé à mon entrée dans la salle.
Ce concert, qui proposait en première partie l'ouverture de Guerre et Paix de Sergeï Prokofiev,
et le concerto n°1 pour violoncelle de Dimitri Chostakovitch, et en deuxième partie la
symphonie n°6 de Piotr Ilitch Tchaïkovski, était le deuxième sur deux jours consécutifs.
Il était joué par l'Orchestre de Paris sous la direction du jeune chef israélien Lahav Shani, avec
en solistes Edgar Moreau et son violoncelle tricentenaire, et Philippe Aïche au violon.
Guerre et Paix est un opéra écrit par Prokofiev à partir de 1930, qui fut créé en 1942, alors que l'URSS
était en guerre avec l'Allemagne, en hommage à Léon TolstoÏ, auteur du roman adapté à la musique
lyrique, qui sera aussi l'objet d'une adaptation cinématographique par King Vidor. L'ouverture proposée,
avec l'orchestre au grand complet, durait cinq minutes. C'était brillant, et pour ma part inconnu,
mais je n'ai pas ressenti d'émotion particulière. Il en fut tout autrement avec la suite du programme.
Voici ci-dessus l'orchestre un peu resserré qui accompagnait le concerto pour violoncelle, créé
en 1959 à Leningrad (Saint-Petersbourg). J'avais déjà entendu ce concerto, à la Philharmonie, par l'Orchestre
de Paris, et avais trouvé l'oeuvre assez aride. Hier soir, je l'ai trouvée extraordinaire. J'avais déjà constaté que
cette plongée prolongée dans le bain des concerts avait fait évoluer mes goûts et ma perception musicale (et c'est très
bien ainsi!) dans le sens d'une capacité à mieux apprécier ce qui me paraissait à l'origine difficile d'abord.
Le concerto n°1 de Chostakovitch comporte quatre mouvements, le premier mouvement est détaché,
et les trois suivants enchaînés. C'était tellement beau, qu'il y eut des applaudissements après le
premier mouvement. Dans le second mouvement, moderato, il y eut un duo violoncelle-celesta,
une association étonnante de vibrations profondes et de petites notes argentines, qui força la salle
dans un silence quasi-religieux. Le troisième mouvement contenait un long solo du violoncelle de
307 ans, que j'avais déjà entendu joué par Edgar Moreau au grand auditorium de la Maison de la radio, il y a 2 ans.
Deux mille personnes s'abstinrent de tout bruit pendant que la plainte du violoncelle s'exprimait dans
la grande salle, tour à tour grave et solennelle, ou miaulante dans les aigus comme un chat.
Le dernier mouvement allegro terminait l'oeuvre dans l'énergie sauvage d'une danse endiablée...
Ci-dessous Edgar Moreau, le violoncelle solo, et Lahav Shani, et les premiers violons.
Je changeai de place à l'entracte, essayant de trouver une place visuellement meilleure, en me rapprochant de la scène.
Ce fut la place A77, dont les titulaires avaient avancé d'une rangée. Malgré les garde-fous, je voyais mieux.
La symphonie "pathétique" n°6 en si mineur de Tchaïkovski fut créée en 1893 à Saint-Petersbourg
elle aussi (les trois oeuvres de la soirée avaient été créées dans la même ville), elle comporte quatre
mouvements et dure une cinquantaine de minutes. C'était la deuxième partie du concert. L'orchestre
revint en grande formation. L'oeuvre est la dernière de Tchaïkovski, qui mourut peu après dans des
circonstances obscures, nous disait le livret. Il s'agit d'une pièce considérée comme le testament du
compositeur, que l'on considère parfois comme un Requiem instrumental. Elle m'a plutôt évoqué
un récapitulatif de la vie de Tchaïkovski, ce que l'on est supposé faire peu avant l'heure dernière.
Il y a trois mouvements "pathétiques", dans le sens du pathos grec, c'est à dire de l'expression de la
douleur, et non "qui font pitié", signification actuelle fréquente de l'adjectif, ce sont les premier, deuxième,
et quatrième mouvements, le troisième mouvement allegro molto vivace étant très énergique.
On y sent quand même un pointe dissonnante. C'est un peu comme si Tchaïkovski revisitait son
oeuvre (on pense particulièrement aux musiques de ballets, qui sont les plus dansantes) avec
un recul un peu grinçant, un regard désenchanté sur cette musique joyeuse. Pas de célesta dans
cette oeuvre, la fée Dragée et les multiples personnages du Casse-noisette sont bien loin.
Voici l'allegro molto vivace, troisième mouvement de la symphonie:
Ce qui fait penser qu'il s'agit d'une sorte d'ode funèbre auto-orchestrée, c'est l'adagio lamentoso du
finale, inattendu dans la forme symphonique, où le quatrième mouvement est volontiers guilleret.
Voici ci-dessous l'adagio lamentoso, 4è mouvement de la symphonie:
Je fus frappée par l'énergie du jeune chef Lahav Shani, qui va succéder cette saison à
Yannick Nézet-Séguin à la direction de l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam.
Le voici ci-dessus faisant lever les musiciens par pupitre à la fin du concert.
J'étais levée aussi pour applaudir et prendre cette photo du chef, ainsi qu'une dernière photo de l'orchestre,
sans les barres et les câbles! Le concert, que j'ai beaucoup aimé, s'est terminé approximativement vers 22h30.
Sylvie, blogmestre