Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Ca me fera du bien d'aller à l'opéra, pensais-je hier matin, en me préparant pour une séance
d'après-midi à l'Opéra Bastille, qui donnait la deuxième représentation de Snegourotchka
(La Fille de Neige) de Nicolaï Rimski-Korsakov. J'avais trouvé un billet d'occasion*.
Le temps était incertain, et j'étais fatiguée, je m'endormis presque dans le RER et jugeai prudent un petit dopage
à la caféine avant d'arriver. Place de la Bastille, le génie sur sa colonne brillait dans un ciel chargé.
Ma place était au deuxième balcon, sur une rangée qui servait de palier, avec une balustrade assez gênante
visuellement, que, vu ma forme, je choisis d'esquiver par le bas, en m'enfonçant dans le siège.
J'aurais dû faire un plan au zoom (le très modeste zoom de mon appareil photo de poche) pendant que le rideau
de scène était ouvert. Il y avait là le décor sylvestre du premier acte, avec ses datchas à roulettes,
parmi lesquelles gambadaient des enfants. Surprenant décor, mais très soigné, luxuriant.
Un peu débordée par la semaine pascale et ma faiblesse, je n'avais pas préparé le spectacle en me documentant
auparavant. Ce qui m'aurait permis de découvrir la durée de l'oeuvre, 3h10 estimées, sans l'entracte.
Créé en 1882 à Saint-Petersbourg, Snegourotchka (j'aime bien le nom russe!) est un opéra en
un prologue et quatre actes de Rimski-Korsakov, d'après une pièce d'Alexander Ostrovsky.
La pièce contenait les éléments de la Russie du XIXè siècle: l'Hiver et le froid, le Tsar, une
population folklorique idéale. Le romantisme ajoutait une jeune fille pure, un amour impossible.
Le tout mêlé dans une sauce poético-fantastique. Dans le prologue, nous apprenions que Mme
Printemps avait conçu avec le bonhomme Hiver (M. Gel) une fille que le père gardait en forêt pour
qu'aucun rayon du soleil ne l'atteigne. L'enfant s'appelait "Flocon de Neige". L'exposition des faits se
faisait dans une salle de danse enfantine, peuplée d'oiseaux multicolores joués par le Choeur
d'enfants de l'Opéra de Paris, chantant et dansant en agitant leurs plumes. Réussi!
La photo ci-dessus provient d'un dossier de presse. Dame Printemps est l'adulte visible.
Puis les enfants sortaient et M. Gel entrait avec Flocon de Neige, vêtue en enfant de rose très pâle
irisé (la couleur de la neige au soleil couchant), avec bonnet et moufles. Les parents se disputaient la
jeune fille, qui ne voulait qu'une chose: connaître les humains et leurs chansons joyeuses.
Le père mettait en garde contre les dangers du soleil et de l'amour. Cependant, Snegourotchka
obtenait l'autorisation de fréquenter un peuple vivant dans la forêt, les Berendeïs.
Le premier acte qui suivait, très long, mettait en place l'intrigue (quoiqu'on ait compris dès le prologue ce
qui allait arriver à Snegourotchka : la vieille histoire du bonhomme de neige affectueux qui veut qu'une créature à
sang chaud le serre dans ses bras, et qui en meurt). Flocon de Neige arrivait toute pimpante dans une
population folklorique atypique, et se faisait adopter par le couple le plus éloigné de ce qu'elle était
(j'ai lu ce commentaire "Audrey Hepburn chez les Bidochons", bien vu!) C'est ici que se situent les datchas à
roulettes dans la forêt, et une population populaire de petites gens, vaguement elfes ou trolls.
Ci-dessus, voici la Fille de Neige, avec son bonnet, accueillie par les Berendeïs de la forêt.
Le couple qui l'adopte est à gauche sur la photo, on voit qu'ils n'ont rien de commun.
Flocon de Neige, chantée par Aida Garifullina, est rhabillée pour la forêt (ci-dessus assise à gauche,
en ciré jaune avec bottes de caoutchouc) mais garde sa distinction naturelle. Elle rencontre un berger,
Lel interprété par Yuriy Mynenko, étonnante voix de contre-ténor dans un gabarit d'athlète (blond
à cheveux longs debout à gauche sur la photo), qui la courtise d'une chanson, puis devant sa résolution
de ne pas aimer, s'en va vers d'autres jeunes filles. Koupova, l'une d'entre elles (en rouge à droite sur
la photo), va célébrer ses noces avec Mizguir. Tout est prêt, mais Mizguir (en noir, brun barbu assis à
gauche sur la photo) s'entiche de Snegourotchka, lui déclare brutalement son désir et rejette
aussi brutalement sa promise Koupova, qui décide de partir avec Lel. Déchirement de
Segourotchka, qui refuse Mizguir, alors que ses parents adoptifs la vendraient volontiers
à cet étranger qui distribue les roubles par poignées! L'un des Berendeïs suggère à
Koupova de recourir au Tsar, qui défend les jeunes filles vierges qui se font abuser.
Le rideau se ferme, la salle applaudit, et nous sortons pour l'entracte, il est environ 15h30.
De la fenêtre panoramique de ce 6è étage, j'aperçois deux de mes monuments sujets de photographies au loin,
par-dessus les toits. Je ne me sens pas bien, la première partie, avec son heure et demie a été longue, j'ai
décroché par moments. Je me dis qu'il vaut peut-être mieux récupérer un peu à l'entracte et rentrer chez moi.
Ce que je vais faire. A la fin de l'entracte, alors que la cloche de la reprise sonne, j'achète une carte
à la librairie de l'entrée de l'opéra et ressors de l'édifice, il est 15h50*.
Je reprends le métro à la station Bastille à 15h54* ma carte bancaire est refusée par l'appareil, pour motif
inconnu (probablement bloquée d'emblée), heureusement j'ai encore de la monnaie.
Après retour chez moi, je consulte internet pour connaître la fin de l'histoire.
L'opéra de Rimsky-Korsakov se termine comme je pensais, la pauvre Snegourotchka va
mourir des feux de l'amour et du soleil réunis, plus exactement, elle va fondre.
Pour une fois qu'il y avait un décor, je l'ai mauvaise de n'avoir pu aller jusqu' au bout du spectacle!
Cette oeuvre de Rimski-Korsakov est une rareté actuellement, quoiqu'elle ait été très populaire
en son temps. La Russie et les Russes ont changé, et tout ce folklore fantastique apparait désuet,
voire enfantin (si vous avez lu la Reine des Neiges étant enfants, vous comprendrez), ça ressemble
beaucoup à un conte pour enfants. La mise en scène tente de gommer le côté fantastique,
c'est un choix, on aurait pu faire le choix inverse. Peut-être qu'en sortant complètement de la
rationalité, sur le mode heroic fantasy, ça fonctionnerait mieux. La musique était belle,
l'orchestre de l'Opéra national de Paris était dirigé par Mikhail Tatarnikov., les choeurs et
solistes étaient tout à fait remarquables, j'ai regretté de ne pas entendre la fin de l'opéra.
Sylvie, blogmestre