Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Il y avait hier soir à la Philharmonie un concert complet à la réservation, auquel j'ai eu beaucoup de
chance de pouvoir participer: Le Chamber Orchestra of Europe, sous la direction de Yannick Nézet-Séguin,
interprétait la symphonie n°44 et le concerto pour violoncelle n°1 de Joseph Haydn,
et la Symphonie pastorale, n°6, de Ludwig van Beethoven.
J'avais acheté une place revendue par un très sympathique abonné. La place était au premier rang
de l'arrière scène, je n'avais jamais été aussi près des musiciens! Voici la vue depuis ma place:
Considérant que le choeur chante souvent depuis le bas de l'arrière-scène, j'étais vraiment en position de concert!
C'était presque intimidant. L'orchestre de chambre était rassemblé au centre de la scène.
Voici l'orchestre de dos avec de face le jeune violoncelliste, Jean-Guihen Queyras.
La première partie du concert était la partie Haydn, symphonie d'abord (1771), concerto ensuite (1765).
La symphonie n°44, en mi mineur, a été surnommée "Funèbre" pour sa couleur sombre, elle appartient
à la période "Sturm und Drang" de Haydn, dont j'ignorais qu'il ait pu à un moment de sa vie présenter un
caractère tempétueux et passionnel. Le livret la qualifie de véhémente, impérieuse, d'une écriture
savante. Je ne connaissais pas cette oeuvre, découverte à l'occasion de ce concert. J'ai préféré
le concerto. Non que la symphonie n'était pas agréable, mais le concerto était plus émouvant,
de mon point de vue (c'est le violoncelle hors d'âge...)
J'avais souri avant ce concerto, en lisant rapidement ce que disait le le livret de la lutte (sauvage!)
que le violoncelle avait livré à la viole de gambe pour s'émanciper de sa suprématie et gagner le droit
d'exister comme instrument soliste. J'imaginais les deux instruments sur un ring s'administrant des uppercuts
musicaux, un beau sujet de dessin animé! Le concerto comprenait classiquement trois mouvements,
et l'instrument vedette était un violoncelle de 1696, le doyen probable de la soirée.
Ci-dessous, voici le violoncelle qui a droit à sa photo, car sans lui, point de concerto.
Il faut dire que sa sonorité était extraordinaire (ces violoncelles anciens sont toujours des bijoux sonores), et le
violoncelliste Jean-Guihen Queyras savait fort bien lui faire produire ces vibrations si particulières.
Il fut bissé à la fin du concerto et nous joua un morceau sans titre, très joli.
Le bel instrument aux graves chavirants interpréta le premier mouvement du concerto, moderato. Puis
l'adagio, et pendant que sa mélodie se détachait dans la grande salle attentive, il y eut au beau milieu de
l'arrière-scène, une victime collatérale. Des déplacements de personnes révélèrent l'incident, que le
chef suivait d'un oeil inquiet. Il finit par stopper l'orchestre et demanda s'il fallait un médecin.
Emoi dans la salle... Quelqu'un avait perdu connaissance, mais les sauveteurs s'en occupèrent
rapidement. Emoi du preneur de son de France-Musique... (on espère qu'il n'était pas en direct!)
Puis ce fut la reprise du deuxième mouvement du concerto, lorsque la personne eut recouvré
ses esprits, et les applaudissements au chef qui avait géré la situation avec le respect et la présence
d'esprit voulus. Pendant que nous attendions, il m'était venu la pensée incongrue que mourir sur un concerto
de Haydn était plutôt enviable. On se souvient peut-être que j'avais aussi pensé que le Festival de musique
de Saint-Denis distrayait les gisants royaux...Quoiqu'il en soit, je croisai la victime à l'entracte, bien rétablie,
fort heureusement! A la reprise du deuxième mouvement du concerto, tout se passa bien, ainsi que pou
r le troisième mouvement. Je ne résiste pas au plaisir d'évoquer à nouveau le livret, qui déplore que nous sachions
peu de choses sur ce concerto, sinon qu'il a échappé au vandalisme de Madame Haydn, qui faisait des bigoudis
avec les manuscrits de son époux... Merci à Isabelle Werck pour cet éclairage inconnu de la famille Haydn!
La symphonie pastorale, qui composait la seconde partie du concert fut sublime. C'est une oeuvre dont
je connais chaque phrase musicale, chaque silence, mais surtout les parties des cordes. J'étais placée
derrière les vents et les cuivres, et j'entendais des détails qui habituellement passent plus inaperçus.
Une autre écoute, c'était très intéressant. Yannick Nézet-Séguin, très en forme, et visiblement dans son
élément, dirigeait à mains nues, d'une direction dansante du corps, et de l'expression du visage.
Je retrouvai l'impression très forte que j'avais gardée des deux concerts précédents dans lesquels je
l'avais vu diriger d'une exécution parfaite de l'oeuvre, qui m'impressionna beaucoup.
Ce que je comprends moins, c'est que quoique sachant qu'il y avait cinq mouvements, je n'ai noté que deux pauses...
peut-être a-t'il enchaîné deux mouvements par deux fois? Peut-être étais-je tellement absorbée par ma contemplation
musicale que je n'ai pas compté correctement? Personne n'a fait de malaise pendant la symphonie pastorale!
Ci-dessous, Yannick Nézet-Séguin à la fin du concert, face à l'orchestre.
Le concert a été enregistré par France-Musique, et il est disponible en vidéo sur le site "live"
de la Philharmonie, pour 4 mois. Vous pouvez vous faire une opinion par vous-mêmes!
Un peu d'ambiance de fin de concert, ci-dessous...
Le concert s'est terminé vers 23h, et je suis rentrée chez moi à minuit.
L'article complet a été mis en ligne le 8 février vers 22h et la vidéo ajoutée le 9 février à 8h50.
Sylvie, blogmestre