Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
J'ai eu la chance hier soir d'entendre le dernier concert du cycle Mozart-Bruckner de la
Staatskapelle Berlin dirigée par Daniel Barenboïm, à la Philharmonie de Paris grâce à un abonné qui
s'absentait de Paris ce soir-là, et m'avait cédé son billet, merci à lui. Tous les concerts de janvier dirigés
par Daniel Barenboïm étaient archi-pleins depuis des semaines et proposaient des listes d'attente...
C'était une place au dernier rang du deuxième balcon, face à la scène. Voici la salle vue de ma place:
Si vous vous en souvenez, ce cycle de concerts Mozart-Bruckner par la Staatskapelle Berlin, dirigés par Daniel Barenboïm,
avait débuté par 4 concerts en septembre 2016, et j'avais eu la chance, déjà, d'obtenir une place en septembre (les autres
spectateurs étaient en vacances quand je l'avais réservée!) Le cycle s'est achevé hier soir par 3 concerts
en janvier 2017, que vous pouvez voir ou revoir sur le site Live de la Philharmonie, celui du 7 janvier est ici.
Le principe de ce cycle, c'est que chaque concert présente un concerto de Mozart et une symphonie
de Bruckner, différents à chaque fois. Hier soir, nous avons entendu le concerto pour piano et
orchestre n°22 en mi bémol majeur de Mozart, puis la symphonie n°3 en ré mineur de Bruckner.
L'originalité de la première partie de concert, c'est que le pianiste était aussi le chef d'orchestre.
Daniel Barenboïm s'installa sur le tabouret du pianiste et joua ou dirigea, alternativement. Puis vint
un passage où il jouait d'une seule main, il dirigea simultanément de l'autre! On ne peut s'empêcher de
penser à Mozart, qui jouait lui-même au piano les oeuvres qu'il avait composées... et dirigeait aussi.
C'est un concerto de XVIIIè siècle finissant, où le compositeur utilise des clarinettes pour la première
fois dans un concerto. Elles lui plaisent tant qu'un quintette à vent se dégage à plusieurs reprises
dans l'oeuvre, formé de la flûte, des deux clarinettes, et des deux bassons. Pour être honnête, j'ai
préféré l'exécution de la symphonie concertante que j'avais entendue en septembre, dont les solis étaient joués
par des instruments à vent. Il m'a semblé que la double tâche assumée dans le concerto n°22 par le chef
d'orchestre-soliste enlevait un peu de brillance à l'ensemble, et rendait l'interprétation plus algébrique.
Cependant, le concerto fut très applaudi, et le chef rappelé plusieurs fois.
Je lisais le livret à ma place pendant l'entracte, quand des vibrations graves me parvinrent, qui me firent lever la tête...
C'était les contrebassistes qui répétaient gentiment Bruckner en sourdine pendant la pause, sur la scène! (ci-dessus)
Puis tous les musiciens revinrent, et les lumières de la salle s'éteignirent. Les applaudissements qui
avaient salué le retour des musiciens enflèrent dès que l'on devina l'entrée du chef d'orchestre,
bénéficiant d'un extraordinaire capital d'admiration et de respect de la part du public présent. Pendant
le concerto, lorsqu'il jouait sans accompagnement, il régnait, hormis le piano; un silence religieux dans la grande salle
La troisième symphonie de Bruckner, créée une première fois à Vienne en 1877, tourne à la
catastrophe, les auditeurs n'y comprennent rien et sortent les uns après les autres, le compositeur
finit seul sur scène avec une poignée de fidèles... Il la réécrit une deuxième, puis une troisième fois,
et crée à nouveau cette troisième version, toujours à Vienne, en 1890, qui obtient alors un accueil
triomphal... En 13 ans, tout a changé! On joue actuellement cependant généralement la deuxième
version, qui est plus équilibrée, l'auteur ayant pratiqué beaucoup de coupes pour parvenir à la troisième.
C'est une symphonie où l'orchestre peut donner la pleine mesure de son talent: mouvements lyriques
ou hachés, usage des cuivres et des percussions, violence et douceur, grands envolées ou petite
danse folklorique sympathique, on y trouve de tout. Et cette propension de Bruckner à bâtir des
cathédrales musicales. Ca vibre et claque dans tous les sens, mais on construit quand même!
Cette deuxième partie de concert fut remarquablement interprétée et dirigée, le public était en transe
à la fin du concert. Je pris plusieurs photos, à cette distance c'est difficile d'en avoir une bien nette, et le chef
disparaissait rapidement dans les coulisses entre deux salves d'applaudissements. Enfin, j'en eus une!
Je profitai de ma place au dernier rang pour m'éclipser discrètement alors que le public bissait tant
qu'il pouvait... Quand je ressortis de la Philharmonie, il bissait toujours. Ce que c'est que l'amour!
C'était une belle soirée, un très beau concert, mais l'heure de transports en commun du retour m'attendait...
Sylvie, blogmestre