Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir, j'ai entendu et vu les deux tiers de l'opéra Tristan et Isolde de Richard Wagner au Théâtre
des Champs Elysées. La représentation commençait à 18h, et compte-tenu de la distance qui me sépare du Théâtre et
de la journée d'action sociale dans les transports en commun, il aurait fallu que je parte vers 16h30. N'y étant pas parvenue,
et, quitte à rater le premier acte, autant partir plus tard, j'étais en gare d'Arcueil à 18h45*, et suis arrivée à Franklin Roosevelt
à 19h27**, c'est-à-dire au début du premier entracte. Je suis entrée au Théâtre sans difficulté, ai présenté mon billet
au contrôle, puis suis montée occuper ma place au deuxième balcon, la dernière de la première rangée, côté pair.
Mon billet n'a pas été flashé, lorsqu'on arrive en retard, les flasheuses sont rentrées. Je le savais,
je suis déjà arrivée en retard dans ce théâtre, une fois, il y a longtemps. Pour compenser mon retard, je suis redescendue
au rez-de-chaussée acheter un programme, et un Schweppes, puis j'ai dégusté les deux assise sur une marche.
Le programme comprenait deux fascicules, dont un "carnet de répétitions" bonus, qui contient une
belle collection de photos noir et blanc, de Patrick Messina. L'autre fascicule, qui est un vrai programme,
comporte l'intégralité du texte de l'opéra, d'après Gottfried von Strassburg, des commentaires
sur l'oeuvre, le déroulement de l'intrigue, les biographies des chanteurs et du chef.
L'Orchestre national de France qui interprétait l'opéra, était placé sous la direction de Daniele Gatti.
Ma place était située au dessus des projecteurs, et, bonheur, surplombait la fosse d'orchestre.
Ayant préparé l'opéra par des lectures préliminaires, je n'ai pas eu de mal à m'intégrer au deuxième acte.
La mise en scène était minimaliste, les costumes aussi, mais la musique était somptueuse, et les voix
des chanteurs lyriques l'étaient autant. C'est un opéra plutôt statique, dans lequel Wagner aurait traduit ses propres
tourments amoureux, d'un amour impossible pour Mathilde Wesendonck, qui était mariée, alors qu'il l'était aussi.
L'histoire est une légende celtique dont la première trace écrite date du XIIè siècle. La reine d'Irlande avait
une fille, Yseult (plusieurs orthographes existent), dont le roi de Cornouailles Marc'h avait demandé la main.
Il avait dépêché son neveu Tristan en Irlande pour ramener la princesse en bateau. Mais il y avait un
contentieux entre les deux jeunes gens, Tristan ayant précédemment tué le fiancé d'Yseult. Alors qu'il
était lui-même blessé, sous un nom d'emprunt, celle-ci l'avait soigné et sauvé. Elle lui proposa de boire
à leur réconciliation. Le breuvage qu'ils absorbèrent était en réalité un philtre d'amour très puissant.
Ils furent condamnés à une passion qui les détruisait, sans espoir. Dans leurs échanges, au cours du
second acte, on mesure à quel point le monde entier a disparu pour eux, et combien plus rien n'existe
hormis le désir de l'autre. Les dialogues sont hallucinés, le philtre a manifestement un puissant effet psychotrope!
Ils seront surpris dans leur relation, et Tristan sera à nouveau blessé. Séparé d'Yseult, il ne guérira pas.
A sa demande, elle le rejoindra pour le soigner, mais il mourra dans ses bras. Elle mourra aussi, après,
de la mort de son amant, pendant qu'autour d'elle on s'entretue. La mort a vaincu l'insupportable désir.
A la différence de ce qui se pratiquait au XIIè siècle, il ne s'agit pas ici d'amour courtois, mais d'un désir
réciproque incontrôlable et ravageur, une plongée dans l'enfer d'une liaison amoureuse qui abolit tout ce
qui n'est pas elle. C'est peut-être pour le caractère exceptionnel de cette relation que la légende l'a
conservée. Il est surprenant que Wagner ait choisi cette exposition aussi extrême de l'addiction de deux
êtres l'un à l'autre, à l'époque pudibonde qu'était le XIXè siècle. Fallait-il que son histoire avec Mathilde W.
l'ait retourné pour qu'il en fasse une telle démonstration. Les personnages sont douloureux, souffrants.
Ce n'est pas le genre d'amour qui fait envie, on a plutôt l'impression d'une malédiction.
La musique est superbe (je le redis!) Voici la fosse d'orchestre, vue de l'extrémité du deuxième balcon:
Seuls les cordes étaient à l'air libre, les bois et les cuivres étaient sous la scène.
Nous sommes ressortis vers 23h25, j'ai repris le métro à 23h36*** à la station Franklin Roosevelt.
Sylvie, blogmestre