Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir j'ai réussi à voir « Ne me regardez pas comme ça » au Théâtre des Variétés ! C'est ma seconde
tentative, pour ce spectacle dont j'avais apprécié les deux actrices principales, vues lors de l'enregistrement sur le plateau
de l'émission de télévision « On n'est pas couché », le 3 septembre dernier. Il s'agit de Sylvie Vartan,
et d'Isabelle Mergault. Un acteur masculin complète la distribution, Pierre Deny. Le spectacle est
signé Isabelle Mergault, dans une mise en scène de Christophe Duthuron.
Une longue queue serpente devant le Théâtre vers 20h30, et quelques groupes de candidats spectateurs
dépités de dernière minute nous disent qu'ils ne peuvent entrer car « c'est complet ». J'ai pris la précaution de
réserver ma place avant d'y aller, il n'y a plus qu'à la retirer au guichet et à se réinsérer dans la file avant le contrôle.
Sous le velours rouge qui les couvre, les marches de l'escalier sont un peu creusées par l'usage.
Je monte au deuxième balcon rejoindre ma banquette. La place est un peu dure pour le dos, mais on y voit
très bien ce qui se passe sur la scène, et il y a sous le siège un espace bien pratique pour mettre sac et caban.
Ce théâtre-ci date du Premier empire (1807), il est tendu de velours cramoisi et orné de fresques
avec dorures, les piliers sont en forme de colonnes ioniques, et le rideau a une frange dorée.
Le synopsis du spectacle en quelques mots : Victoire Carlota est une star de cinéma qui vit
recluse depuis vingt ans, car elle ne tourne plus, et présente une paparazzophobie manifeste.
Un éditeur flairant le bon plan l'a convaincue d'écrire ses mémoires, et lui a adressé un nègre, Marcel,
pour l'assister dans cette tâche. Marcel s'avère être du genre féminin, et auteur d'un best-seller culinaire
sur... le riz (qui est une star alimentaire!) Marcelle, donc, entreprend de re-socialiser Victoire, et l'emmène
sur ses lieux de tournage passés, à la recherche de ses souvenirs. Voici le duo en Italie, à Rome,
mais, si Victoire montre une mémoire phénoménale pour la vie des autres, elle ne se souvient de rien
qui la concerne ! Les voici encore dans la garrigue italienne, où Victoire rencontre un peintre croqueur
de scènes champêtres, dont elle s'éprend. Marcelle suscite un dîner, espérant que les sentiments
amoureux débloqueront enfin la mémoire de Victoire. Le stratagème fonctionne au-delà
de ses espérances, puisque les tourtereaux s'échappent pour Vérone...
et Marcelle se recycle dans l'écriture d'un autre best-seller culinaire.
On retrouve dans cette histoire des clins d'oeil nombreux au cinéma : Sunset Boulevard, de Billy Wilder
pour la star recluse dans sa maison (heureusement ici pas de cadavre dans la piscine!), ou la fin de vie de
Marlène Dietrich à Paris (dont les mémoires, passionnants et volumineux, seront écrits par sa fille), la Dolce Vita
de Federico Fellini avec la fontaine romaine où l'on jette des pièces en faisant un vœu,
Les scènes
dans la garrigue m'ont plutôt fait penser à Jean de Florette, de Marcel (!) cette actrice en robe
de soirée, talons hauts et boa de plumes arpentant les chemins de terre sèche, et se faisant piquer par une
couleuvre à un endroit inavouable de son anatomie, oscillant entre le panache et le pathétique. Mais
dans une comédie, tout fait rire, même l'aveugle qui veut rester près du hublot de l'avion pour voir les nuages !
J'ai aimé l'ingéniosité des décors photographiés projetés à l'arrière de la scène, et complétés par des
objets en trois dimensions posés sur la scène, facilement escamotables ou positionnables. La distorsion
visuelle de ces décors projetés, selon les propos des acteurs, m'a beaucoup amusée. J'ai aimé l'abattage d'Isabelle
Mergault, poulbotte sans famille* et adepte du système D, à l'aise partout, jamais à court d'une réplique
choc hilarante. J'ai aimé l'adaptabilité du troisième homme, Pierre Deny, passant du rôle d'aveugle fan
de la diva, à celui de serveur italien fan de la diva, puis à celui du peintre naturaliste récalcitrant puis amoureux de la diva
(il y a quand même une continuité dans ces rôles successifs!) J'avais beaucoup aimé Sylvie Vartan chez Laurent
Ruquier, expliquant qu'elle était à la fois star de variétés, et elle-même, en une seule personne.
Le reproche que je ferais à Victoire C, c'est que le rôle est en dessous de la personnalité de l'actrice
qui l'incarne. Il s'agit d'un pastiche, évidemment, mais la seule vision simplificatrice de la star amnésique sur sa
vie personnelle prive le personnage de l'humanité de sa vie privée, et le cantonne à sa névrose. C'est un peu
dommage pour Sylvie ! Mais il s'agit d'un divertissement, et le public, qui est ravi de voir une vraie star sur
scène devant lui, applaudit souvent, et prend beaucoup de photos aux saluts, comme il a été expressément
autorisé à le faire. Ce qui, et c'est fort heureux, libère l'actrice principale en l'offrant aux objectifs
des paparazzi amateurs qui remplissent la salle, ce qu'elle fait avec grâce.
Le Faubourg Montmartre où nous ressortons, présente le même grouillement de piétons et de voitures à 22h30, que deux
heures plus tôt, quelques personnes prennent le fronton du théâtre en photo. Il fait doux, presque chaud...
Sylvie, blogmestre,
(qui sèche la journée de travail CP13 pour cause de bronchite)
* anachronisme : j'ai modestement aidé à la mise en place de la première déchetterie de France, en 1988 à Mulhouse, sous l'impulsion de mon ami regretté Laurent S. nous n'avons trouvé aucun humanoïde, ni dans les recyclables ni dans les incinérables... "Marcelle" qui dit avoir été trouvée dans la déchèterie St Marcel aurait-elle moins de 27 ans ?
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