Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!

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Funérailles présidentielles

Je suis allée hier matin participer à l'hommage rendu au Président Jacques Chirac, décédé la

semaine dernière à l'âge de 86 ans. Partie d'Arcueil-gare vers 10h30*, je suis sortie prudemment à la station

de RER Luxembourg, anticipant que le cortège funéraire arriverait des Invalides, où avait lieu l'hommage militaire,

par la rue de Rennes. La rue de Vaugirard bouchonnait complètement, et l'on me laissa entrer à pied sur le parvis

de l'église Saint-Sulpice sans difficulté, après double contrôle de mon sac par des CRS. A 11h, le parvis était

encore peu peuplé, deux écrans avaient été disposés par la chaîne TF1 qui retransmettait

l'événement, pour que les spectateurs extérieurs puissent voir la cérémonie.

 


J'étais à proximité des photographes et cameramen, et, au début, voyais très bien. Puis la foule s'installa dans

les interstices et je ne vis plus grand chose. Les écrans n'étaient pas fixés assez haut pour que les petits voient

malgré les grands... Nous vîmes arriver les invités, l'église était bien  pleine, il y avait de nombreux

chefs d'Etats, et de nombreux politiques. Je fus surprise par la relative bénignité des mesures de surveillance:

il y avait M. Poutine, des émirs arabes, des chefs d'états africains, M. Clinton... Nous étions considérés comme

de gentils participants d'emblée, ce qui était très agréable. Nous suivions sur les écrans la progression

du cortège, qui après le boulevard Saint-Germain, remontait la rue de Rennes, où il stationna

longtemps au carrefour avant de tourner rue Saint-Sulpice.
 


L'image ci-dessus montre le cortège remontant la rue de Rennes, avec en bas à gauche une photo de

M. Chirac qui doit être de 1995. En rapprochant ces deux photos, on pouvait repenser aux motards de la

télévision qui l'accompagnaient après son élection à la présidence de la République à travers Paris... une

autre époque. Quand la messe commença, une partie du public, qui avait fort applaudi le cercueil couvert

du drapeau tricolore, se dispersa, permettant aux restants de gagner quelques places et un peu de vue.

 


La messe était célébrée par un certain nombre d'évêques, et présidée par Mgr Aupetit, archevêque

de Paris. Elle était chantée par la Maîtrise de Notre-Dame sous la direction de Henri Chalet

(la cathédrale prêta aussi son bourdon, Emmanuel, fondu en 1686, dont le  seul battant d'une demi-tonne fut

actionné à la main, le mouvement de la cloche pouvant fragiliser l'édifice après l'incendie , pour sonner le glas).

Les pièces musicales provenaient essentiellement du Requiem de Fauré, avec l'exception du Kyrie,

qui était celui du Requiem de Duruflé (chanté en la cathédrale pour les funérailles du Président Mitterand).


 

J'ai chanté un peu pianissimo pendant ce Kyrie, à la stupeur de mes voisins de parvis, j'ai donc cessé

au "Christe", qui est aigu, pour ne pas les troubler. Le Sanctus était celui du Requiem de Fauré.


 

 

Il y eut plus tard un Dona eis Requiem qui sembla fort agiter les pigeons alentour, qui se mirent à tournoyer autour

de nos têtes (un peu plus tôt, l'un d'eux s'était posé affectueusement sur la tête chevelue d'un voisin de parvis et

s'était cramponné à ses cheveux, l'émotion sans doute, provoquant un fou-rire local, vite réprimé). La célébration

comprenait lectures et Evangile, suivis d'un prêche dans lequel Mgr Aupetit reprit le thème de la

fracture sociale, moteur de l'élection présidentielle de 1995 de M. Chirac. A ce propos il m'a frappé que

l'église comportait au centre arrière de sa nef une centaine de places vides. N'eut-il pas été de bon aloi de choisir

quelques plébéiens qui auraient pu s'inscrire en ligne, et que l'on aurait pu passer au crible pénal et de réputation

avant l'hommage pour qu'ils entrent y assister en l'église, eu égard à la personnalité généreuse du défunt? Je

pense à cette dame devant moi qui a porté dans ses bras un gros bouquet de roses blanches durant toute la messe...


Le Maestro Daniel Barenboïm, présent dans les pages de ce blog, joua un impromptu de Schubert, ce fut

un moment de recueillement, une présence oecuménique et internationale participant musicalement à cet hommage,

applaudi par la foule du parvis. Il y eut une communion, où fusèrent autour de moi quelques considérations farceuses

tendant à évaluer la durée extravagante de confessions préalables que nécessiteraient, selon mes voisins de parvis,

certaines personnes présentes dans la nef pour pouvoir communier. Comme disait Mgr l'archevêque, la nécessité de

l'administration d'un pays ne coïncide pas forcément avec celle du bien public. Nous, la plèbe, on aimerait bien, pourtant.
 


Après la bénédiction finale, le cercueil, porté par huit hommes, repartit en traversant la nef, vers la sortie

de l'église, accompagné du glas romain sonné par Saint-Sulpice, sur deux tons, que l'on entendait très

bien de l'extérieur de l'édifice, et du bourdon plus lointain de Notre-Dame, qui se fondait avec les cloches

de Saint-Sulpice. Quand le cercueil apparut sur la plus haute marche de l'église Saint-Sulpice,

la foule recommença à applaudir, longuement.
 


Je partis de la place après la fin des applaudissements, alors que la voiture funèbre était refermée

sur le très grand cercueil, et après une petite poussée de Marseillaise chantée depuis notre coin du

parvis, suivie de nouveaux applaudissements. J'ignorais quel parcours allait prendre le cortège pour

rejoindre le cimetière du Montparnasse, mais je partais dans cette direction, il fallait donc s'en aller avant que les deux

mille cinq cents personnes présentes au dedans et au dehors de l'église se mettent en mouvement. La rue de

Vaugirard était bloquée, mais on nous laissa finalement la franchir pour entrer au jardin du Luxembourg, qu'il ne

restait plus qu'à traverser avant que, peut-être, le convoi funéraire arrive par là. Ce que je fis, avec des souvenirs

estudiantins (je fus lycéenne, puis étudiante, dans ce quartier) parmi les marrons au sol, remarquant une inquiétante

disparition de moineaux, et gagnai le RER Luxembourg peu après 14h**, après une petite halte en pharmacie.

 

Moinelette estudiante de la fin du XXè siècle


Merci M. Chirac, je note que les moineaux abondaient à Paris quand vous en étiez le maire, et

encore quand vous étiez Président de la République. Vous nous avez laissé la Charte de

l'environnement qui fit entrer les préoccupations et l'urgence écologiques dans le bloc de la Constitution.

De la part des moineaux petits ou gros, avec ou sans plumes, merci pour tout.

 

Sylvie, blogmestre

 

 

 

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