Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
(suite de l'article précédent du 25 décembre 2017)
Je partis à pied de Notre-Dame vers le Palais Royal, ayant réservé une place à la Comédie Française.
Sur le Pont d'Arcole, côté Seine, l'accrochage sauvage de cadenas amoureux allait bon train!
Je m'arrêtai en chemin pour déjeuner (légèrement!) au Mc Donald's de la rue du Renard.
Puis je repris la rue de Rivoli, promise à un avenir cycliste radieux mais contentieux, et quoique
cycliste moi-même, je ne vois pas quel plaisir on peut avoir à rouler à vélo sur une rue droite de plusieurs kilomètres,
alors qu'il y a autour des venelles parallèles très jolies, et bien plus attractives, cyclopédiquement parlant.
Enfin, j'arrivai Place Colette, réfrigérée mais ravie de ma petite marche dans Paris.
J'avais réservé une place pour "La Tempête" de Shakespeare il y a environ un mois, avant que tous
les shakespeariens de Paris se ruent dessus, n'ayant pu voir Scapin par défaut d'anticipation.
La salle Richelieu était pleine, il y avait même un monsieur sur mon strapontin, qu'il me rendit
gentiment. Ma place était à l'extrémité du deuxième rang de la corbeille, côté jardin.
La pièce s'ouvrit sur Michel Vuillermoz, interprétant Prospero, duc de Milan déchu, que j'avais quitté à
mon dernier passage en ces lieux dans le registre comique, et que je retrouvais dans un drame philosophique
(puisque personne n'y meurt...) Le rideau se levait tout de même sur un lit d'hôpital, un petit lit blanc
étroit à barreaux, où gisait l'acteur, accompagné du bruit régulier du monitoring cardiaque, curieux
car anachronique avec le lit, d'autant que le mourant n'était relié à aucun appareil. Nous étions dans
une mise en scène dépouillée et fantastique, la vie du mourant défilait en projection noir et blanc
derrière lui. Puis il surgissait de sa couche, en pyjama blanc, suivi d'Ariel, son esprit esclave.
Prospero, échoué sur une île avec ses livres de magie, qu'il pratiquait fort bien, en compagnie
de sa fille Miranda et de deux esclaves, l'esprit Ariel et Caliban le semi-démon, avait concocté une
tempête pour faire échouer sur l'île le roi de Naples Alonso, accompagné de son frère Antonio,
usurpateur du duché de Milan, et de leurs suites. Les naufragés arrivaient sur l'île par vagues.
Ensuite, Ariel, qui avait la propriété de se dissimuler à la vue des humains, les manoeuvrait.
Une première vague amenait les notables, vêtus de tenues militaires grises avec décorations.
Une autre vague apportait le fils d'Alonso, le prince Ferdinand, qui s'éprenait de Miranda.
Une troisième vague déposait deux personnages comiques et avinés, rejoints par Caliban.
Ces truculents compères, dans leur rapport terre-à-terre aux choses, étaient bien utiles pour accorder une
pause aux spectateurs, parmi les tours de magie et de passe-passe qui se succédaient sous leurs yeux!
Une plage jonchée de déchets (braquage d'un tri sélectif?) servait d'écrin à leurs facéties.
Le metteur en scène Robert Carsen disait dans le livret que le décor est dépouillé car l'action se
passe en fait dans la tête de Prospero... qui guérit le traumatisme de sa déchéance du duché de Milan
en tenant à sa merci ses pairs, et en mariant le fils de son ennemi à sa fille. Une rédemption par
la magie, après une prise de possession. On ne sait jamais si l'on est dans le réel ou dans l'imaginaire,
mais personnellement, ça ne me pose aucun problème! Je ne pense pas que l'on puisse raconter La Tempête
en l'ayant vu une fois. Ce n'est pas Roméo et Juliette, on sent qu'il y a un contenu profond derrière
le contenu visible, comme les personnages en gris portaient des sous vêtements blancs sous leurs tenues grises,
il y a deux niveaux de connaissance de cette pièce, c'est un oeuvre étonnante et complexe.
Il doit exister des thèses sur cette oeuvre, tant elle est mystérieuse et sujette à interprétation.
La pièce fut beaucoup applaudie et les acteurs bissés. C'était le cadeau de Noël!
Merci à tous, ce fut une belle après-midi. Nous sommes ressortis de la Comédie Française vers 16h50,
j'ai pris un bus vers la Porte d'Italie, un peu de tram, un autre bus, et suis arrivée chez moi peu après 18h.
Sylvie, blogmestre
PS: Il y a quelques semaines, j'avais vu une "suite" de la Tempête à l'Opéra comique, intitulée Miranda,
dont vous pouvez regarder la vidéo enregistrée par Arte ici sur une musique de Purcell.
PS PS: la dernière fois que j'ai été hospitalisée, j'avais emporté un Shakespeare en édition bilingue, c'est une
bonne compagnie pour ne pas trouver le temps long, et on a enfin le temps de lire le vieil anglois !