Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Comme je m'en doutais, le Théâtre des Champs Elysées était plein hier soir d'auditeurs venus entendre
et voir La Passion selon Saint-Matthieu de Jean Sébastien Bach, présentée sous forme d'oratorio
par le Collegium vocale de Gand et son orchestre, sous la direction de Philippe Herreweghe.
J'avais une place au second balcon de côté, réservée à l'avance pendant qu'il en restait, et parvins à l'utiliser,
à mon grand soulagement (la veille je n'avais pas pu sortir de chez moi). La place était tout en haut, rangée Y.
Voici la vue depuis ma place n°26 de la rangée Y. Vous pouvez constater que je voyais la moitié de la scène,
c'est-à-dire, pour cette oeuvre, le premier choeur et son orchestre, qui était le choeur dans lequel j'ai chanté
cette Passion il y a sept ans, effet miroir, ce n'était pas prémédité !
Voici les musiciens et les chanteurs du premier choeur et du premier orchestre en place, avec
Philippe Herreweghe, à la fin de la première partie. On aperçoit le 2è orgue du 2è orchestre,
qui accompagne le deuxième choeur localisé dans la partie cachée à droite de la scène.
Les choristes étaient 3 par pupitre dans chaque choeur, et pour le choeur n°1, comme vous pouvez
peut-être le voir, le pupitre d'altos était composé d'une alto et de deux contre-ténors.
Il y avait au centre plusieurs sopranes ou mezzo-sopranes qui chantèrent le Knabenchor du
premier mouvement "Kommt ihr Töchter", qui est à deux choeurs plus une voix d'enfants.
Les solistes étaient issus des choeurs, sauf le récitant. L'oeuvre était chantée en deux parties
la première étant plus chorale que la seconde, clairement plus oratorio. La partition originale
représente 2h45 à 3h15 de musique, selon le tempo, le concert d'hier soir durait environ 3h, avec
une exposition extensive de la mort du Christ (parfois plus réduite, pour raison de durée globale).
J'ai entendu cette oeuvre en concert pour la première fois à la Philharmonie de Berlin-Ouest dans les années 80,
intégrale et chantée pendant plus de trois heures, à l'incitation de l'ami américain qui m'avait invitée là. Puis je l'ai
reçue en cadeau sous forme de double CD de la part de mon père, sans avoir rien sollicité, avec l'impression que
cette oeuvre s'attachait à moi... Nous l'avons montée aux Choeurs de Paris 13, sous la direction de Pierre Molina,
en 2009-2010, et donnée en concert en l'église de la Trinité, Paris 9è, en février 2010. Avec la Messe en si mineur,
c'est l'autre sommet de musique chorale qu'il m'ait été donné de chanter (la Messe en si mineur est plus difficile).
Notre chef avait coutume de dire qu'après avoir travaillé ces deux oeuvres, un choriste pouvait tout chanter !

Manuscrit de la Passion selon Saint-Matthieu
La Passion selon Saint-Matthieu serait, selon son fils Carl-Emmanuel, l'une des cinq Passions que
le compositeur avait écrites. Il était de coutume en Allemagne de jouer le Vendredi Saint une grande
oeuvre chorale sur la Passion du Christ. Bach père écrivit une Passion par évangéliste, et deux pour
Matthieu, dont une seule, la plus complexe, subsiste. Celles de Marc et de Luc ont également disparu.
La Passion selon Saint-Matthieu fut créée à Leipzig en 1727 par Bach, puis recréée à Leipzig par
Mendelssohn en 1829, après avoir été dans l'oubli avec toute l'oeuvre de Bach. Toute... peut-être
pas, car les chorals de cette Passion sont luthériens, et vivent leur vie dans la liturgie protestante.
L'oeuvre comporte deux types de polyphonies chorales: des choeurs complexes, en contrepoint,
et des choeurs simples, à l'harmonie verticale, nommés chorals. Le choral se prête bien à
l'utilisation liturgique, il est calme et donne une impression de stabilité; le choeur complexe est
plus difficile et plus intéressant, pour le choriste aguerri, car il demande un peu de virtuosité.
Ci-dessous le choeur d'ouverture, à double choeur et surplombé par les voix "d'enfants",
c'est un enregistrement télévisé d'un concert de 2011 du Collegium vocale dirigé par Philippe Herreweghe.
L'oeuvre est à double choeur, double orchestre, deux jeux de solistes, deux orgues, comme on peut
le voir dans la vidéo ci-dessus. Elle a la réputation d'être difficile à diriger. Voici ci-dessous le double
choeur le plus rock'n roll à chanter, "Sind Blitze, sind Donner" (il y a des éclairs et du tonnerre...), où la plus
grande précision est nécessaire pour que toutes les interventions tombent au bon endroit.
On constatera que Bach a utilisé à bon escient les sonorités de la langue allemande.
Et voici le choral le plus connu de cette Passion, qui revient avec des paroles différentes plusieurs
fois dans le cours de l'oeuvre: "O Haupt voll Blut und Wunden". Les auditeurs aiment beaucoup les
chorals, la ligne mélodique est claire et simple, facile à retenir. A chanter, c'est un peu plat. L'alternance
du choral linéaire et du contrepoint complexe crée un effet. Le contrepoint est habituellement utilisé
pour une expression collective des témoins de la scène (la foule), alors que le choral est le
commentaire de ce qui arrive à Jésus, la complainte du compositeur qui voit le mal qu'on lui fait.
La deuxième partie de la Passion selon Saint-Matthieu comportait beaucoup d'airs de solistes, dont
une partie avait été supprimée lorsque nous avions chanté cette oeuvre aux CP13, pour réduire la longueur de
l'ensemble, trois heures d'oratorio, c'est long pour le public (Bach avait aussi la réputation d'être un improvisateur
particulièrement prolixe à l'orgue...) intercalés de choeurs qui agitaient brièvement la salle, décrivant le
rideau du temple qui s'était fendu, l'obscurité qui était tombée sur la terre, etc... L'évocation de la mort
du Christ fut extrêmement recueillie, comme elle aurait pu l'être dans une église. Après la vision
de Jésus au tombeau, auquel Bach souhaitait une bonne nuit "Mein Jesu, gute Nacht", ce fut
le choeur final "Wir setzen uns mit Tränen nieder", après presque trois heures de concert.
J'ai aimé le caractère enlevé de l'interprétation, musicale ou chantée, toujours vivante, donnant à
cette musique superbe une intemporalité, une fraîcheur surprenantes. J'ai aimé la tonalité plus basse
des instruments baroques, le son des flûtes et hautbois anciens. J'ai aimé la perfection de l'ensemble.
Le concert fut très applaudi, y compris sur scène par les choristes et les musiciens
qui applaudissaient leur chef et leurs solistes. Philippe Herreweghe paraissait très content
et fit la bise à plusieurs dames parmi ses musiciennes ou solistes. C'est toujours un bonheur de
constater qu'un beau concert engendre des manifestations affectueuses ! Et c'était un très beau concert.
Sylvie, blogmestre