Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir, j'ai entendu un concert à la Philharmonie, dirigé par Jordi Savall et intitulé "Venise millénaire".
La salle était pleine, et réservée depuis longtemps, mais j'avais pu obtenir une place d'occasion.
Ma place était au deuxième balcon, presque de face.
Le concert était étonnant, réunissant un ensemble de musiciens d'Orient, un ensemble vocal orthodoxe
byzantin, les solistes de la Capella Reial de Catalunya, Hesperion XXI, et le Concert des Nations.
L'ensemble de musiciens d'Orient jouait d'instruments orientaux traditionnels (oud, santur, morisca, kanun,
duduk, belul), Hesperion XXI, créé par Jordi Savall en 1974, jouait d'instruments occidentaux anciens
(flûtes, cornemuse, cornet, chalémie, hautbois, sacqueboute, doulciane, basson, vièle, violes de gambe,
pasltérion, harpe médiévale, luth médiéval, théorbe, et guitare) et de quelques instruments plus locaux
(anafil, lira, arpa doppia, shofar), le Concert de Nations jouait d'instruments plus classiques (hautbois,
flûtes, violons, violoncelle, contrebasse, clavecin, orgue portatif, percussions, timbales, cloches).
Les deux ensembles vocaux interprétaient deux types de musique, de la musique orientale et de la
musique occidentale. Le concert, qui dura trois heures, entracte inclus, retraçait un parcours musical
basé à Venise, mais représentatif de l'histoire de la "Mare nostrum" des Romains, c'est-à-dire
méditerranéen. Le périple dans le temps commençait à la naissance de Venise, au VIIIè siècle, par une
sonnerie de cloches et de fanfares, puis le choeur orthodoxe byzantin chantait un Alleluya pour le
transfert des reliques de Saint-Marc d'Alexandrie à Venise, au IXè siècle. Suivait un instrumental
byzantin du XIè siècle relatif au commerce de Venise avec l'Orient (le nom est en grec, que je ne lis pas...)
Puis c'était les croisades et la prise de Jérusalem, saluée par une chanson "Pax! In nomine Domini!"
Le XIIè siècle était celui de la présence vénitienne en Afrique du nord, illustrée par un Danse de l'âme,
musique berbère. Le XIIIè siècle était celui du sac de Constantinople, hymne byzantin, puis d'un traité
avec l'Arménie, danse instrumentale. Un conduit saluait le retour de Marco Polo à Venise après 25 ans
d'absence. Le XIVè siècle était celui de la peste noire qui ravagea l'Europe et Venise, nouveau chant
byzantin. Au XVè siècle, Venise devenait une étape obligée sur la route de la Terre Sainte. Puis il y eut
le schisme entre Rome et les églises d'Orient, une très jolie Marche Nikriz, la prise de Constantinople
par Mehmet II, et un chant de Guillaume Dufay. Le XVIè siècle était celui de Marignan, chanté par
Clément Janequin, et les solistes de la Chapelle Royale de Catalogne.
Après cette première partie foisonnante et passionnante de musique ancienne, enchaînée sans
applaudissements, les morceaux se succédant dans une mise en scène parfaite, la salle applaudit
largement, rappela le chef, et il y eut un entracte. La deuxième partie du concert était "moderne",
c'est-à-dire qu'elle allait de la Renaissance au XIXè siècle. Nous étions toujours à Venise, il y eut un psaume
de Salomone Rossi en hébreu, pour la construction de la première synagogue, le sac de Rome et la
construction de l'église San Giorgio di Greci, choeur orthodoxe, et l'évocation des luthériens avec
Goudimel et Lobwasser, puis une danse perse, et c'en fut fait du XVIè siècle. Monteverdi illustra le XVIIè
avec le combat de Tancrède, suivirent Vivaldi et Mozart, en voyage à Venise, avec un arrangement de
la Marche turque par Jordi Savall, très sonnant, avec contribution des instruments orientaux, pour le
XVIIIè siècle, achevé par un chant grec pour le Tsar de Russie qui protégea les chrétiens orthodoxes.
Le XVIIIè siècle finissant fut salué par un choeur révolutionnaire de Marchant, et par de la musique de
carnaval de Hasse. Le XIXè siècle conclut le concert (presque) par deux choeurs sur des extraits
des 7è et 5è symphonies de Beethoven, chantés avec instruments, arrangés par Jordi Savall.
Frissons de rigueur! Un très beau concert, de très grande qualité, surprenant par la diversité de ses
musiques, et pourtant très abordable, puisque la salle était pleine et remarquablement silencieuse.
Le concert qui se termina vers 23h20 fut très applaudi. Mais... ce n'était pas fini.
Jordi Savall prit la parole pour se souvenir que sa prestation précédente dans cette salle coïncidait
avec les attentats de novembre 2015, et proposa en bis un chant de prière. Ce fut d'abord un Kyrie
eleison byzantin, suivi d'un Dona nobis pacem plus largement interprété. Je partis après le bis, vers 23h30,
alors que la salle applaudissait toujours, pour cause de correspondances de RER plus rares. Le concert avait passé
sans que je m'en rende compte, captivée et fascinée par cet enchaînement de mélodies séculaires,
superbement interprétées... Merci aux musiciens et chanteurs, et au chef pour sa générosité!
Sylvie, blogmestre