Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Il y eut mercredi soir un premier Requiem de Brahms à la Philharmonie.Il y en eut un deuxième jeudi soir.
Suite à un possible conflit d'agenda, j'avais réservé deux billets pour chacun des concerts, un billet le 29 et un billet
le 30 mars. Le conflit d'agenda ayant disparu de la soirée du 29, et n'ayant pas réussi à revendre ni à donner mon
billet de concert, je l'ai utilisé, ainsi que celui du lendemain. J'ai parlé de la première partie des concerts
c'est à dire du concerto n°22 pour piano et orchestre de Mozart, dans un article qui est inséré juste avant celui-ci.
Voici le Requiem de Brahms, ou plutôt les deux Requiem de Brahms entendus les 29 et 30 mars.
Comme on peut le voir sur le billet et sur le programme qui suit, le chef d'orchestre prévu pour diriger
ce concert avait changé, et Thomas Hengelbrock, nouvellement nommé chef associé de l'Orchestre de
Paris, marquait ainsi, selon les propos du livret, son entrée en fonction, par ces deux concerts.
La musique était germanique, Mozart d'une part, Brahms de l'autre. Ma motivation pour le choix de ce
concert était le bonheur d'entendre, de réentendre le Requiem de Brahms, que j'ai eu le plaisir de chanter
deux fois en concert. Et de l'entendre chanté par une formation qui saurait en tirer le meilleur.
Je ne le savais pas encore, mais le chef d'orchestre était aussi particulièrement brahmsien.
J'étais placée au 5è rang de l'arrière-scène le 29 mars, très près du choeur, et au 4è rang le 30 mars,
encore plus près! A tel point, étant à l'arrière-scène, qu'il m'aurait paru normal de chanter aussi, lorsque
le choeur était à l'unisson dans le deuxième mouvement "Denn alles Fleisch, es ist wie Grass"...
Il y avait dans le livret, dont la première page suit, tout le texte du Requiem de Brahms, en allemand
et en français, ainsi que les références bibliographiques des textes utilisés par Johannes Brahms,
dont l'entreprise était très originale, puisqu'il avait choisi de composer un Requiem en langue allemande,
au lieu du latin habituel, et qui incluerait des textes de la Bible et des Evangiles qui ne seraient pas
ceux utilisés habituellement . On y trouve ainsi des extraits des écrits de Pierre, Matthieu,
Jacques, Jean, Isaïe, des Hébreux, des Corinthiens, et de l'Apocalypse.
L'interprétation du Requiem allemand était celle d'un choeur de choristes amateurs de très haut
niveau, habitué à se produire avec un orchestre professionnel. Les voix sont fraîches, bien timbrées,
sans caractéristiques lyriques ni solistes, même si certain(e)s des choristes ont probablement la voix
qu'il faut pour être soliste. La couleur musicale de l'ensemble est différente de celle d'un choeur
professionnel, mais la qualité est la même. On sent tout le travail (quand on a pratiqué l'oeuvre) qu'il a
fallu au Choeur de l'Orchestre de Paris pour aboutir à ce résultat quasiment parfait le 29 mars, et
parfait le 30 mars. Le 6è mouvement, qui est le plus épuisant à mon avis (quoique les 2è et 3è le soient
à peine moins...), fut remarquable de justesse et de tempo maîtrisé, et de frissons dans le dos produits
sur le public. Le 29 mars, le chef d'orchestre testa la puissance du choeur. Le 30 mars, il en exigea
le maximum. Et ce 6è mouvement atteint une puissance extraordinaire. Chair de poule sur le
"Tod, wo ist dein Stachel? Hölle, wo ist dein Sieg?" (Mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta
victoire?) Même les non-germanistes ont dû comprendre qu'il s'agissait du Jugement dernier!
Eh bien, curieusement (je l'ai découvert hier soir en achevant la lecture du livret à l'entracte), ce ne
sont pas ces paroles-là qui viennent de l'Apocalypse (elle viennent des Corinthiens). Ce qui vient de
l'Apocalypse, ce sont les textes qui suivent la dernière trompette et l'aiguillon de la mort: la fugue "Herr,
Du bist würdig", du 6è mouvement, et le 7è mouvement "Selig sind die Toten" (Heureux les morts).
Le Requiem de Brahms est construit en deux bosses de puissance, avec une accalmie centrale.
Il commence pianissimo par "Selig sind die da Leid tragen", qui enfle progressivement, puis il y a
"Denn alles Fleisch", avec des alternances de pesanteur et de poésie musicale, puis le premier
sommet de l'oeuvre, en puissance, "Herr, lehre doch mich", 3è mouvement introduit par le baryton,
suivi d'une fugue étourdissante. Le 4è mouvement "Wie lieblich sind deine Wohnungen" est d'une
douceur presque fade comparée aux deux mouvements qui l'entourent. Pour parer à cette impression,
le choeur en a piqué les notes ici et là hier soir, ce qui introduisait une rupture bienvenue, transformant
le legato en un passage plus expressif et plus dynamique. La tension remonte avec le 5è mouvement
"Ihr habt nun Traurigkeit", et l'intervention de la soprano solo, pour culminer encore plus haut en
puissance dans le 6è mouvement, à nouveau après l'intervention du baryton. C'est ici que les choristes
sortent tout ce qu'ils ont dans le ventre... Thomas Hengelbrock, après les avoir testés la veille a estimé
qu'ils pouvaient donner beaucoup, et il leur a demandé beaucoup, énormément, en ce 30 mars.
Le pianissimo du "Selig sind" du 7è mouvement en fut un peu affecté, ce n'était plus qu'un piano, mais
on sait combien il est difficile pour un choeur non professionnel de passer du super fortissimo au super pianissimo,
et le piano était très beau et bien exécuté. Le chef d'orchestre m'a fascinée pendant tout le Requiem
qu'il savait par coeur, et dont il mimait les paroles pour les choristes. Lui aussi s'est donné à fond!
Les deux solistes étaient Christiane Karg, soprano, et Michael Nagy, baryton. Lionel Sow, chef
de choeur, vint rejoindre Thomas Hagelbrocke sur scène aux saluts, accompagné de l'habituel
mouvement de ferveur de ses choristes, ci-dessous en compagnie du violon solo Philippe Aïche.
Et pour finir un peu d'ambiance de fin de concert, le chef était épanoui (très souriant pendant tout le
deuxième concert, sauf passages dramatiques). J'ai lu dans le livret qu'il avait récemment monté Elias de
Mendelssohn, je serais enchantée de l'entendre dans cet oratorio ou un autre.
Herzlich Willkommen in Paris !
Heureusement que j'étais placée, le 30 mars, au-dessus des alti et des basses, si j'avais été au-dessus
des sopranes (mon pupitre), ç'aurait été une souffrance de ne pas pouvoir chanter aussi!
NB: le concert du 30 mars a été enregistré (enregistrement son).
Sylvie, blogmestre