Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir j'ai entendu un concert de l'Orchestre de Paris, dirigé par Cornelius Meister,
à la Philharmonie de Paris. J'avais un billet de face au 2è balcon, à l'extrémité de la dernière rangée.
Voici la vue que l'on avait de ma place au deuxième balcon:
Le programme de la soirée se composait en première partie de Der Freischütz Ouverture, de
Carl Maria von Weber, suivi du concerto pour piano n°5 en mi bémol majeur de Ludwig van Beethoven,
dit "L'Empereur", et en deuxième partie, de "La Petite Sirène" d'Alexander von Zemlinsky.
Le concert était dédié à Georges Prêtre par l'Orchestre.
J'ai beaucoup aimé la première partie, dont les deux oeuvres m'étaient connues (extrêmement connue
en ce qui concerne le concerto de Beethoven), et que j'étais heureuse d'entendre, comme l'on est heureux
de retrouver des amis de longue date. Weber comptait parmi ses admirateurs Wagner, Chopin, Liszt,
Mahler, Debussy. Der Freischütz (le Franc-tireur) fut l'oeuvre fétiche du romantisme allemand, pourtant,
elle est rarement représentée. Après La Flûte enchantée, et avant Le Vaisseau fantôme, l'opéra de
Weber changea le cours de l'histoire de la musique allemande. Après les opéras en allemand de Mozart,
qui était son cousin par alliance, et de Beethoven, Weber lança l'opéra romantique allemand avec
atmosphère sombre, créatures surnaturelles, et légendes. L'ouverture de l'opéra qui nous fut donnée
à entendre hier opposait l'ombre à la lumière, le bien au mal. Il s'agissait d'une histoire de Diable qui fond
des balles magiques, sept, pour que le forestier Max gagne le cœur de la belle Agathe. Heureusement
Agathe l'aime d'un amour pur et rédempteur, qui finira par triompher ! Tous ces détails viennent
du livret, dont je remercie l'auteur, car je ne connaissais l'oeuvre de Weber que mélodiquement.
J'ai été enchantée d'entendre le concerto l'Empereur d'une seule traite (vous vous souvenez peut-être que
je l'avais entendu à la Philharmonie en concert en famille, exposé par petits extraits, et commenté par deux comédiens).
Les commentaires étaient très intéressants, je me souviens que l'Empereur dont il est question est un Habsbourg et
non Napoléon, car le concerto a été écrit au milieu des guerres napoléoniennes, et Beethoven, à cette époque,
ne le trouvait plus assez sympathique pour lui dédier une œuvre ! La pianiste russe Elisabeth Leonskaja qui
répondait aux thèmes énergiques de l'orchestre par les doux ruissellements de notes dont le piano
est familier, quand elle ne répondait pas à l'orchestre du tac-au-tac dans le même registre martial que
lui, fut remarquable dans son jeu et dans son interprétation, et très applaudie. Bissée, elle nous joua
l'impromptu de Franz Schubert D. 899 n ° 3, merci beaucoup au lecteur qui m'en a informée.
Le jeune chef Cornelius Meister, fougueux, à la direction précise et à l'enthousiasme communicatif, nous
donna une très belle soirée musicale, l'Orchestre de Paris étant égal à lui-même c'est à dire superbe.
Je ne connaissais pas le Petite Sirène, de Zemlinsky, que je découvris hier soir. Alexander von Zemilnsky
est, selon le livret, le trait d'union entre Richard Strauss et Gustav Mahler, et Alban Berg ou Anton Webern.
Il était ami avec Arnold Schönberg, mais se considérait comme un musicien post-romantique (c'est ainsi
que j'aurais qualifié La Petite Sirène). L'oeuvre entendue hier a été composée de 1902 à 1903, et
créée à Vienne en 1905. Malheureusement, elle n'obtint pas autant de succès que Pelléas et Mélisande
de Schönberg, et Zemlinsky, qui n'était pas un batailleur, la retira assez rapidement de l'affiche. Il était
affecté par ce qu'il ressentait comme un échec. Son histoire personnelle reflétait douloureusement celle
de la petite créature mi-femme mi-poisson à la voix ensorcelante, puisque son élève Alma Schindler
était partie épouser Mahler... l'ingrate. Musicalement, il s'agit d'une fantaisie, décrivant le monde magique
de la Sirène, qui sauve le Prince dont le bateau a fait naufrage. La Sirène, éprise du Prince, consulte
une sorcière qui lui fabrique un breuvage la transformant en femme. Mais le Prince part avec une autre...
Les soeurs de la Sirène veulent lui faire poignarder le Prince avec un couteau magique, qui lui rendrait
sa forme de poisson et sa voix, mais elle ne peut trahir son amour, et se transforme... en écume. C'est
une oeuvre très jolie et agréable à écouter, mais j'ai préféré la première partie (je suis plus romantique
que post-romantique) L'interprétation était remarquable et le jeune chef fascinant à regarder diriger.
Le concert se termina vers 22h50, je repartis alors que le public rappelait et bissait Cornelius Meister,
ce qui était bien mérité! J'avais mis 1h25' à gagner la Philharmonie à l'aller, et me méfiais de la durée du retour!
Sylvie, blogmestre