Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir, j'avais réservé une place pour le concert de l'orchestre de chambre de Paris aux Théâtre des
Champs Elysées, avec en solistes Deborah Nemtanu, violoniste, et Antoine Tamestit, altiste, qui dirigeait
aussi l'orchestre, dans deux pièces de Mozart, une de Schnittke, et une de Telemann.
La veille au soir, un ami m'annonça qu'il viendrait à Paris le 17 janvier et apprécierait de dîner avec moi... je suis allée le rejoindre Gare de l'Est vers 19h, et nous avons dîné dans une pizzeria voisine, j'ai combattu le froid grâce à une excellente soupe à l'oignon, et après une heure conviviale, suis repartie en direction d'Alma-Marceau, où je suis arrivée à 20h25*
Mon billet de concert ne fut pas flashé, c'est normal, les flasheuses ne sont plus en activité après l'heure normale d'entrée.
Je m'excusai du retard, et on me plaça très gentiment en baignoire R, légèrement surélevée par rapport
au parterre, en attendant l'entracte où je pourrais regagner ma place au premier balcon.
Le concert commençait par la 4è symphonie de Wolfgang Amadeus Mozart, écrite à l'âge de 9 ans (!)
et d'une durée de 9 minutes. Que mon retard me fit rater, je n'en parlerai donc pas cette fois-ci. J'entrai dans
la baignoire le plus discrètement possible, et m'assis sur une chaise vide, pendant le Monologue pour alto et
orchestre à cordes d'Alfred Schinttke, une oeuvre de 17 minutes, créée en 1989. C'était la première fois
que j'assistai à un concert depuis une baignoire, et j'étais fascinée par le lieu...
Ci-dessus une vue de l'orchestre et du soliste alto depuis le baignoire R. On est très près de la scène, que
le regard surplombe légèrement. L'endroit est sans lumière, même quand le théâtre est allumé, impossible de dire avec
qui l'on y est. Je devine que c'était un lieu discret où l'on pouvait venir au spectacle sans être remarqué, à l'époque
de la construction du théâtre (je ne sais pas si cette discrétion est encore d'actualité). L'on y voit très bien.
Le Monologue de Schnittke, créé en 1989, fut interprété brillamment par Antoine Tamestit et l'orchestre,
sur un tempo endiablé. L'oeuvre est empreinte d'influences diverses, et outre son origine germanique,
et ses références à Bruckner, comporte des hommages à la musique russe, particulièrement Prokofiev
et Chostakovitch. J'entendis une partie de l'oeuvre, dont j'appréciai la complexité, et la virtuosité de
l'interprétation. Les applaudissements ne semblaient pas aussi soutenus qu'habituellement, mais c'était peut-être la
baignoire, j'aurai la même impression avec le concerto pour alto de Georg Philipp Telemann qui suivra. La baignoire
coupe ses occupants du reste du théâtre, dont nous ne voyions, hormis la scène, que quelques têtes de spectateurs
du parterre, de dos. La photo ci-dessus a été prise à la fin de l'oeuvre de Telemann. Pendant les trois
oeuvres du concert que j'ai entendues, les musiciens étaient debout.
Le concerto pour alto et orchestre de Telemann date de 1716. Il est gracieux, comme le sont habituellement
les oeuvres de ce compositeur allemand, il dure 14 minutes et comporte quatre mouvements. Telemann,
nous disait le livret, était un ami de Jean-Sebastien Bach, et le parrain de son second fils. Le concerto
présenté était une belle oeuvre baroque qui mettait en évidence la virtuosité de l'alto. Quoique les applau-
dissements soient entendus assourdis dans la baignoire, le concerto fut bissé et le chef/altiste rappelé.
Je profitai de l'entracte pour regagner ma place au premier balcon, toujours aussi peu entourée! Et je lus le programme,
il n'y en avait plus à l'entrée quand j'étais arrivée, mais j'en avais trouvé un au parterre, en ressortant de la baignoire.
La photo ci-dessus des violons et solistes a été prise de la place R10 du premier balcon.
La deuxième partie du concert proposait la Symphonie concertante pour violon, alto, et orchestre en
mi bémol majeur de Mozart. L'oeuvre a été composée en 1779, à la demande de l'archevêque de
Salzbourg, elle comporte trois mouvements, et dure 30 minutes. Mozart, qui était aussi un très bon
violoniste, avait profité de l'occasion pour produire une oeuvre brillante, qui aurait du succès dans les
salons. Stéphane Friedrich, dans le livret, précisait que l'alto solo, qui dialogue ici avec le violon solo, est accordé
un demi-on plus haut qu'à l'accoutumée pour que les deux instruments aient la même brillance.
Les deux oeuvres que j'avais entendues pendant la première partie étaient particulièrement intéressantes
dans leur interprétation, mais celle-ci dépassait tout ce qui l'avait précédée, tant la synergie dans le jeu
des deux solistes était impressionnante. Chacun d'eux faisait de petits signes à l'orchestre, lorsque l'autre
était en solo, pour qu'il ne s'exprime pas trop fort, en particulier les cuivres qui étaient au fond, ou les
violoncelles. J'avais déjà entendu Deborah Nemtanu, et sa soeur Sarah encore plus souvent, puisqu'elle appartient
à l'Orchestre national de France, toutes deux violonistes virtuoses. C'était la première fois que j'entendais en duo
l'une des soeurs Nemtanu, Deborah en l'occurrence et Antoine Tamestit. La complicité et la confiance qu'il
fallait pour faire fonctionner à la perfection ce duo de solistes et l'orchestre autour était palpable... Bravo!
Le public applaudit beaucoup et cria bravo. Les plus gros applaudisseurs, notais-je, étaient au centre du premier
balcon (c'est peut-être ceux que je n'avais pas entendus depuis la baignoire) Les deux solistes furent rappelés, et
reçurent deux bouquets, un multicolore depuis les coulisses, et un jaune depuis le parterre. Antoine
Tamestit évoqua l'expression des sentiments des auditeurs, et rappela que Le Sacre du Printemps de
Stravinsky avait été créé dans cette salle en 1913, et que l'on avait arraché les fauteuils pour la
circonstance... Il nous proposa en bis une polka de Schnittke, nerveuse, et merveilleusement interprétée
(une vraie polka, quoique un peu casse-cou à danser!) Je me demandai si quelqu'un avait cassé un fauteuil
pendant le Monologue de Schnittke durant lequel j'étais dans la baignoire, mais ne vis aucune victime en velours cramoisi
gisant dans le théâtre... Ce fut un très beau concert, et je fus très heureuse d'avoir persisté à y assister.
Le concert s'est terminé un peu avant 22h. Je n'ai pas retrouvé l'un de mes gants, quoique j'aie parcouru tous les endroits
où j'étais allée dans le théâtre, c'est la 5è paire qui disparait en deux hivers... (soupir!). J'ai finalement repris le métro
à Alma-Marceau à 22h09**, avec un seul gant, en compagnie des derniers auditeurs du concert sortis du théâtre.
Sylvie, blogmestre