Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
C'était le nom poétique du concert de l'Orchestre national d'Ile-de-France, hier soir, dans la grande
salle de la Philharmonie de Paris, sous la direction d'Enrique Mazzola. En pleine forme pour
ce premier concert de l'année dans leur lieu de résidence!
J'avais une place dans un coude du premier balcon, et voyais l'orchestre
de trois-quarts dos, et le chef de trois-quarts face.
La salle était remplie de public, encore plus que pour le Te Deum de samedi 21 janvier, puisqu'il
n'y avait pas de choristes, dont les places avaient été occupées par des auditeurs.
Le programme annonçait de la musique d'Europe du nord: en première partie, une création de
Daniel Nelson, compositeur contemporain qui vit actuellement en Suède, suivie d'un concerto
d'Edvard Grieg, et en deuxième partie, une symphonie de Piotr Illitch Tchaïkovski.
Daniel Nelson était dans la salle, et monta sur scène nous expliquer sa création, intitulée
"Steampunk Blizzard", avec l'aide d'Enrique Mazzola. Nous apprîmes que la ligne directrice de sa composition,
créée à la demande de l'Orchestre national d'Ile-de-France, lui avait été inspirée par l'idée d'une rencontre de Tchaïkovski
avec une machine à vapeur produisant de la neige, chacun étant dans un rôle musical, Piotr Illitch et la machine.
Le morceau était écrit en 7/8 (des mesures de 7 croches, inhabituel!) et le chef d'orchestre, taquin, lui demanda de
nous chanter le résultat obtenu... A coup de poum tchac pschhhhh, syncope, le compositeur y parvint, déclenchant
l'hilarité du public, par sa reconstitution vocale rythmée de l'activité mécanique de l'engin. Il y avait dans les percussions
une boîte de conserve, et un disque de frein, dûment référencés dans la partition du percussionniste (j'ai surveillé!)
La version musicale donnait une alternance de cordes (Tchaïkovski) et de poum-tchac-pschhh produits
par les cuivres et les percussions essentiellement (la machine), dialogue du troisième type. Il me vint à
l'esprit que Nelson faisait l'inverse de ce que pratiquaient les romantiques: eux musicalisaient des sons réels par les
instruments, Nelson, lui, utilisait les instruments de musique pour produire des sons triviaux rythmés.
Nous avons bien ri, et l'oeuvre nous a bien plu. Daniel Nelson est remonté sur scène
pour saluer, et recevoir un bouquet de fleurs (ci-dessous).
Le concerto pour piano en la mineur de Grieg date de 1868, il fut créé l'année suivante à Copenhague.
Grieg avait alors 25 ans... Un pianiste français, Raoul Pugno, imposa le concerto pour piano en 1894
à Paris, avec Grieg lui-même à la direction. Le livret cite Adolphe Boschot qui décrit ainsi l'exécution
du concert "Tandis que Raoul Pugno pétrissait le clavier d'où jaillissait un poétique sortilège de sons
veloutés et caressants, Edvard Grieg, dirigeant l'orchestre, faisait valoir la délicatesse de son style,
sa tendresse nostalgique, ou ses ressauts de fièvre et de passion." Je cite parce que je ne saurais
mieux dire l'impression de douceur et de poésie que dégageait ce concerto, subtilement interprété
par l'extraordinaire pianiste Alexander Gavrylyuk (et par l'orchestre, naturellement). Et Tchaïkovski
d'ajouter: "Que de chaleur et de passion dans ses phrases chantantes, quelle vitalité bouillonnante dans
ses harmonies, quelle originalité charmante dans ses modulations spirituelles et piquantes, et dans
ses rythmes, qui sont, comme tout le reste, toujours intéressants, neufs et personnels! Si l'on ajoute à
ces rares qualités une simplicité totale, exempte de toute recherche et de toute prétention à des
profondeurs et des nouveautés inouïes, on comprend que Grieg soit aimé de tous et soit populaire partout."
Tout est dit! Vous aurez compris que Tchaïkovski était le fil rouge de ce concert! A la fin du concerto,
le chef d'orchestre et le pianiste tombèrent dans les bras l'un de l'autre, le pianiste fut très applaudi,
sortit, revint, et reçut des fleurs dont il fit galamment présent au premier violon (qui est une dame).
Autant le concerto de Grieg était douceur et poésie contemplative, autant la cinquième symphonie de
Tchaïkovski était sonnante et vigoureuse. Créée à Saint-Petersbourg en 1888, après plusieurs années
de faible création musicale consécutive à des problèmes de vie privée, l'avant-dernière symphonie de
Tchaïkovski est bien reçue par le public mais pas par la critique, ce qui plonge le compositeur dans les
affres du doute sur sa valeur personnelle et celle de son travail... Heureusement, il part la donner ailleurs
qu'en Russie, et c'est à Hambourg, l'année d'après que public et critique s'accordent à le réhabiliter
complètement.. La symphonie est dotée d'un motif récurrent, ce qui est unique dans les symphonies
du compositeur russe (à l'instar de ce que l'on a pu trouver chez Beethoven ou chez Brahms).
Les indications du dernier mouvement en restituent l'image brillante que j'ai gardé: "andante
maestoso con fiamma" et "presto molto furioso". Tous les cuivres étaient de sortie, même le tuba, et le
percussionniste, qui avait remisé le disque de frein précédent jouait des timbales avec beaucoup d'entrain.
Ce concert présenta une particularité rare à la Philharmonie: des auditeurs enthousiastes applaudirent
après chaque mouvement! Je l'ai trouvé divers dans les styles mais brillant en tout.
L'orchestre fut très applaudi, bissé, et Enrique Mazzola reçut le troisième bouquet de fleurs de la soirée!
Ce fut le retour en beauté d'un orchestre que manifestement son public attendait!
Une très belle soirée, merci à toutes et à tous.
Sylvie, blogmestre