Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir à la Philharmonie de Paris était donné l'oratorio Elias de Felix Mendelssohn,
par l'ensemble choeur et orchestre Pygmalion, sous la direction de Raphaël Pichon. J'y étais!
Article en cours de rédaction
J'étais placée à l'arrière-scène, plus près de la scène que d'habitude.
L'ensemble Pygmalion joue sur instruments anciens, et j'étais un peu surprise de le voir à l'affiche
dans la grande salle de la Philharmonie, les formations de ce type (je pense plus particulièrement
à l'ensemble de Jordi Savall, ou aux Arts florissants de William Christie, entendus l'an dernier), se produisent plus
volontiers dans la salle de la Cité de la musique, plus petite et plus propice aux instruments anciens.
Ci-dessous, l'orchestre s'est installé, et les choristes se mettent en place derrière lui. Le choeur est
composé de 8 pupitres de 5 choristes chacun, à l'exception des premières sopranes, qui sont 7.
Quarante-deux voix pour cette grande cathédrale musicale colorée de la Philharmonie, il va falloir tout donner, comme
disent les sportifs! La salle est pleine de public, cette marée humaine de mélomanes est toujours
saisissante sur les photos, le décor disparait, on ne voit plus que des têtes partout. C'est aussi le
public qui modifie par sa présence, l'acoustique, et rend l'immense salle un peu plus praticable.
Elias, créé en 1846 sous le titre d'Elijah à Birmingham (on se souvient que Mendelssohn jeune avait
voyagé en Ecosse et en Angleterre), connait un triomphe, et le livret nous apprend que jamais une oeuvre
du compositeur allemand n'avait remporté un tel triomphe. La version originale en anglais, est, toujours
selon le livret, l'oratorio le plus populaire en Angleterre, après l'indétrônable Messie de Haendel.
Mendelssohn modifie un peu l'oratorio, et le traduit en allemand, il est donné à Hambourg en 1847.
Il mourra malheureusement avant de pouvoir le donner en concert à Berlin et à Vienne...
Le texte de l'oratorio Elias s'inspire du Livre des rois, et décrit la lutte entre le prophète Elie, le roi
Achab, et son épouse Jézabel, sur fond de famine et de sécheresse, et de dieux païens, pour la
première partie, la seconde partie décrivant la fuite d'Elie, son "enlèvement au ciel", et la prophétie
de la venue du Messie. La musique est plus romantique que celle de Paulus, premier oratorio
du compositeur. Elle est plus coulée, et parait faussement facile (je me souviens de notre soulagement
en découvrant la partition d'Elias en 2011, après un premier trimestre choral passé à batailler avec la messe en si
mineur de Bach...) mais ce n'est qu'une impression, les chausse-trapes sont ailleurs!
Le concert commence sur une introduction du baryton qui interprète le prophète Elie, Stéphane Degout,
(ci-dessus sur la photo , avec Rapahël Pichon) suivi d'une longue introduction instrumentale dramatique
et lyrique. Les solistes passent bien, en revanche l'orchestre est un peu en retrait par rapport à l'énorme volume à
emplir de musique, le choeur aussi, pendant la première partie. Ce sera corrigé lors de la seconde partie, avec brio.
Je retrouve avec plaisir les choeurs chantés il ya cinq ans, et estime que le "Baal, erhöre uns!" aurait justifié d'une
foule de choristes plus dense. Tout en admirant la précision des choristes professionnels à l'oeuvre, qui ne ratent aucune
entrée et les placent au bon endroit... ahem! Paradoxalement, la fluidité de Mendelssohn dans cette oeuvre
en rend l'exécution moins carrée, donc plus difficile. Il reste une impression de surplus de notes, déjà ressentie
lors de notre propre interprétation, comme si le compositeur avait voulu trop bien faire dans sa dernière oeuvre,
dotant chaque musicien ou chanteur d'une partition merveilleuse, et finalement aucun n'émergeant vraiment.
Sauf les solistes. Elias est le seul soliste à fonction unique dans cet oratorio. Les autres voix,
sopranes, mezzo-soprane, ténor se partagent des personnages variés, le choeur interprétant la foule.
Raphaël Pichon, que je verrai de face pendant tout le concert, se donne beaucoup de mal. On sent
qu'il a fait le pari d'imposer son ensemble Pygmalion dans cette grande salle, et qu'il se donne à fond
pour y parvenir. Et de fait il y parvient. Après la première partie, les applaudissements fusent, mais c'est à
la fin de la seconde partie que le public est conquis, après un réajustement du volume sonore à la salle.
Je ré-entends avec grand plaisir le "Siehe der Hüter Israels schläft noch schlummert nicht", une berceuse, suivi du
terrible "Der Herr ging vorüber" où Dieu n'était plus nulle part, ni dans la mer, ni sur la Terre...
Raphaël Pichon et l'Ensemble Pygmalion ont réussi hier soir leur pari, et conquis la grande salle
de la Philharmonie. Le jeune chef, très concentré pendant tout le concert, laisse voir sa joie après
l'épreuve, et revient de multiples fois saluer avec ses solistes, dans une salle qui les ovationne.
Une très belle soirée! J'entendrai des commentaires flatteurs en ressortant, dans le flot mélomane qui quitte les
lieux, et encore dans le métro, "une soirée merveilleuse", dira une dame assise sur un strapontin, encore toute éblouie.
Merci à l'Ensemble Pygmalion et à Raphaël Pichon, pour ce beau concert et le choix d'une oeuvre que
l'on n'entend pas si fréquemment en France. Merci aux choristes pour cette leçon de Mendelssohn...
Et à très bientôt, nous l'espérons. Le concert s'est terminé vers 23h.
Sylvie, blogmestre
A M-N, camarade de solfège et de fous-rires, en S2 du feu choeur élémentaire CP13
et, dédiée aux choristes des Choeurs de Paris 13, une vidéo de 2011 tournée avec les moyens du bord
par une courageuse soprane dispensée de concert, Elias sous la direction de Pierre Molina, morceaux choisis: