Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Etant hier soir incapable de chanter, je suis allée à la deuxième représentation de l'opéra de
Francesco Cavalli, Eliogabalo, qui était donnée à l'Opéra Garnier. Des places de quatrième catégorie
s'étaient libérées dans l'après-midi, peut-être des spectateurs dissuadés par un article assassin paru
dans le journal Le Monde après la première... qui furent rachetées par d'autres heureux, dont j'étais.
J'arrivai en avance, deux longues files zigzaguaient sur le perron de l'opéra, devant les contrôles. En entrant, nous avons
tout de suite vu les fleurs, dont s'exhalait un parfum suave. Le grand escalier était tout orné de fleurs blanches odorantes.
J'étais placée à l'amphithéâtre, tout en haut, de face. Une excellente place au premier rang de l'amphi,
qu'il me fut hélas impossible d'occuper, car elle surmontait le vide de quatre étages. Je l'ai donc échangée avec celle d'une
autre personne, placée au deuxième rang, qui a bien gagné au change. Voici la vue du deuxième rang.
Il parait que lors de la construction de l'Opéra Garnier, les spectateurs de l'amphithéâtre étaient debout... Les sièges sont quand
même d'époque, quoique je ne sache pas laquelle! D'une rudesse vintage bien sentie, avec une barre dans le dos qui oblige à se
tenir droit. Dans les loges, il y a des chaises confortables. Mais l'Opéra Garnier est un monument historique, on ne touche pas.
Le côté sympathique de la situation, c'est que la rudesse des sièges fournit un sujet de conversation entre voisins...
L'opéra durait trois heures, et était entrecoupé de deux entractes de 20 minutes.
La musique est très belle, elle était jouée par l'orchestre Capella Mediterranea, sous la direction de
Leonardo Garcia Alarcon. L'orchestre comprenait un mélange d'instruments utilisés au XVIIè siècle,
comme les flûtes à bec, guitare, théorbe, clavecin, et d'instruments plus récents, comme les trombones.
L'opéra décrit les amours et les turpitudes de l'empereur romain Héliogabale (3è siècle après JC).
La mise en scène était ici de Thomas Jolly, et les décors de Thibaut Fack.
Voici l'histoire: Eliogabalo est un séducteur pathologique dont l'activité principale semble être de
corrompre les êtres qu'il approche. Il jette son dévolu sur tout ce qui brille, et aucune loyauté l'arrête.
Autour de lui, on essaie d'organiser sa vie, mais il prend un malin plaisir à détruire les amours et les
serments d'autrui. Eliogabalo dans l'opéra est un contre-ténor interprété ici par Franco Fagioli,
vêtu d'une robe de chambre violette et or, avec couvre-chef assorti... L'or est un élément récurrent de
l'opéra,on en distribue à la plèbe qui se plaint du César, et Eliogabalo prend des bains d'or liquide
(ce qui m'a un peu inquiétée pour l'épiderme de l'interprète...) Eliogabalo, qui se promène avec quelques éphèbes
presque nus, sabote perversement, avec l'aide de Lénia les couples que forment ses proches.
Lénia était habillée façon
Catherine de Médicis, avec les bras nus, des poignets de force, et une voix de baryton (l'interprète s'appelle
Emiliano Toro). Vous avez l'ambiance. Autour d'Eliogabalo, gravitent son cousin Alessandro (Paul Groves,
baryton), promis à Gemmira, soprane (Nadine Sierra), qui est la soeur de Giuliano, second contre-ténor,
interprété par Valer Sabadus, (déjà entendu à l'opéra de Massy, qui a une jolie voix veloutée), qui est lui promis à
Eritea, soprane (Elin Rombo), avec laquelle il forme un joli duo vocal. Gemmira tiendra le contre-ut pendant une
dizaine de mesures, ce qui déclenchera mes applaudissements, et tous ceux de l'amphithéâtre. A partir de cette prouesse
vocale et de la reconnaissance du public, on eut l'impression qu'une autre relation s'était établie entre les chanteurs et lui.
Eliogabalo rate l'empoisonnement d'Alessandro fomenté avec Lénia, et son palais est envahi par les
hiboux, funeste présage. La troupe finit par l'occire alors qu'il tentait de violer Gemmira, Lénia et Zotico
sont pendus. Entre les parties des chanteurs, Cavalli a placé des danses, qui font penser aux ballets de Lully
à l'intérieur des pièces de Molière, mais elles étaient peu utilisées dans la mise en scène, à mon regret.
Contrairement à ce qu'a pu écrire Le Monde, on ne s'ennuie pas, et les trois heures de musique passent sans s'en
rendre compte (sauf la dureté des sièges) J'ai regretté l'usage exclusif du noir dans les décors, et les escaliers (noirs)
déroulants ou mobiles omniprésents du premier acte (l'abus d'escaliers est-il freudien?) qui alourdissent le propos. La musique,
d'un compositeur dans sa maturité, vaut vraiment l'écoute. Les interprètes et les musiciens étaient
excellents. Une très belle soirée, qui sera enregistrée et diffusée sur le site de France TV culturebox le 7 octobre,
et ultérieurement sur France 2. Nous sommes ressortis par le grand escalier fleuri, que voici ci-dessous.
Ce sont les freesias présents dans la décoration, avec des roses blanches, qui donnaient la fragrance suave.
Sylvie, blogmestre