Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Le Théâtre des Champs Elysées m'avait fait une offre promotionnelle pour un récital de piano hier soir donné par David Fray,
à laquelle j'avais souscrit volontiers mais... des places en galerie se sont libérées tardivement pour le concert d'Accentus à
la Cité de la Musique. Ayant essayé sans succès jusqu'ici d'assister à un concert d'Accentus, j'ai décidé in-extremis de changer
de destination pour la soirée. Que le Théâtre des Champs Elysées et David Fray ne m'en veuillent pas, je suis avant tout
une choriste qui aime entendre d'autres choristes, et parler chant choral... L'esprit de corps! Partie remise...
En gare d'Arcueil à 19h23*, le transport fut fluide et sans incidents. Je suis arrivée peu après 20h à l'entrée de la Cité de
la Musique, où j'ai été sondée deux fois, une fois sommairement sur mes habitudes philharmoniphiles, puis une deuxième fois
de manière approfondie, avec questionnaire personnalisé, et tirage au sort pour gagner des places de concert (whaouh!)
Avez-vous un abonnement? Non. Etes-vous déjà venue dans cette salle ou dans la grande salle? Oh, oui, souvent!
Puis je suis entrée et j'ai gagné l'entrée K de la galerie, où était ma place. La vue n'était pas réduite du tout!
La salle s'est remplie progressivement, mais il restait quelques places libres, on nous a proposé
de descendre dans les rangées latérales, j'ai rejoint la porte G qui nous faisait face, un étage plus bas.
Voici la vue de la salle depuis le premier rang de la porte G:
J'étais juste en surplomb de la scène... une chance inespérée. L'Orchestre de chambre de Paris se mit en
place sous les applaudissements, une cinquantaine de musiciens environ. Le concert, intitulé "Légendes"
comprenait des pièces de Liszt et de Gounod, d'inspiration religieuse, instrumentales et chorales.
La première partie du concert comportait deux pièces de Franz Lizst, "Du berceau jusqu'à la tombe",
instrumentale, et la "Légende de Sainte Cécile", instrumentale et chorale, avec une soliste mezzo-soprano.
La partie de soliste était chantée par Karine Deshayes (entendue dans Offenbach samedi dernier), je n'ai pas de
photo, mais j'ai beaucoup aimé Karine Deshayes dans ce répertoire. Le concert était enregistré pour la réalisation d'un CD.
Laurence Equilbey arriva, nous salua, et le premier mouvement "Le Berceau" commença. J'ai été saisie par
la douceur et la délicatesse de cette introduction de l'oeuvre, andante et toute en nuances, quoique à la
limite du dépouillement comme le précise le livret, et à effectif réduit. Le "Combat pour la vie" qui suivit
était plus âpre, et sur un tempo agitato rapido. Dans ce passage, deux thèmes alternent, l'un violent, et
l'autre issu du thème du berceau, l'enfant devenu adulte confronté à la tourmente de la vie. Le dernier mouvement
"Vers la tombe" fait évoluer les deux thèmes vers la conclusion de l'existence. J'ai retrouvé le Lizst du Via Crucis
que j'avais chanté dans les années 80, un compositeur habité par la religion et sans concession dans les évocations.
Le choeur Accentus entra en scène pour la Légende de Sainte Cécile qui suivit, soit une quarantaine de
choristes répartits en 4 pupitres. Il faisait trop sombre dans la salle pour suivre sur le programme simultanément, j'ai été
un peu suprise que les paroles de la Légende soient en français (surtitrées). C'est dans le livret: le texte,
en français, est de Mme Girardin, qui était l'amie du compositeur, et date de 1839. Les parties vocales
sont simples et ai-je trouvé, dépouillées. A l'inverse, les textes sont d'une extrême dévotion religieuse, démonstrative,
très appuyée, paraissant aujourd'hui surannée, ou du moins qui ne s'exprimerait plus actuellement de cette manière. Je cite les
propos de Lizst, issus du livret, tenus en 1835: "La création d'une musique nouvelle est imminente,
essentiellement religieuse, forte et agissante [...] elle sera à la fois dramatique et sacrée, pompeuse
et simple, pathétique et grave, ardente et échevelée, tempétueuse et calme, sereine et tendre."
La partie composée par Charles Gounod du concert, suivait, dédiée à Sainte Cécile d'une part, et à
Saint François d'Assise, d'autre part, et répartie avant et après l'entracte. La première oeuvre, présentée
par l'orchestre et un violon solo, était l'Hymne à Sainte-Cécile. Cette petite pièce assez courte existe en
plusieurs versions, dont une vocale comprend les paroles de l'Ave verum corpus. Cécile était une jeune chrétienne
vivant à Rome au 2è siècle après JC, vierge et martyr, qui, canonisée par la suite, est devenue la patronne des musiciens.
Nous avons entendu une version instrumentale, avec la violoniste solo Deborah Nemtanu (qui est la soeur de
Sarah Nemtanu, premier violon à l'Orchestre national de France, avec Luc Héry), très élégante, moins rugueuse que les
pièces de Liszt qui avaient précédé, typique du romantisme français selon les critiques de l'époque.
Après l'entracte, le choeur Accentus revint pour interpréter l'ultime oratorio écrit par Gounod, "Saint François
d'Assise". François était un religieux catholique italien des XIIè-XIIIè siècles qui fonda l'odre des franciscains, et fit voeu de
pauvreté. Il fut canonisé peu après sa mort, et devint ultérieurement le "patron des animaux" et aussi de "ceux qui s'occupent
d'écologie" (Jean-Paul II). J'étais donc placée sous le double patronnage des saints révérés de la soirée, Cécile et François.
Les textes de l'oratorio, que le livret décrit comme des archaïsmes savoureux, mettaient en scène François à la fin
de sa vie, et le crucifix, qui s'animait pour lui répondre. François était chanté par Stanislas de Barbeyrac,
ténor, et le Crucifix par Florian Sempey, baryton (entendu lui aussi dans Offenbach la semaine dernière).
Il s'agissait selon Gounod d'un diptyque musical, qui date de 1891. Le compositeur avait une vocation
religieuse, qu'il n'a pas suivie, au bénéfice de la musique, mais qui transparait dans cette oeuvre.
Sur la photo ci-dessus, on voit de gauche à droite Deborah Nemtanu, Laurence Equilbey,
Stanislas de Barbeyrac, et Florian Sempey, au premier rang, devant les violonistes.
Ce fut un concert d'une grande beauté, inspiré, extrêmement riche de nuances. J'ai apprécié le fondu
parfait des voix du choeur Accentus, de la courte distance à laquelle j'étais placée. Nous avons beaucoup
applaudi, et il y eut un bis: le Berceau de Liszt, aussi beau qu'à la première écoute, régénérant.
Le concert s'est terminé vers 22h15, c'est l'orchestre qui a donné le signal du départ à des auditeurs résistants.
Sylvie, blogmestre