Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir, j'ai entendu au grand auditorium de la Maison de la radio,
qui est un grand spécialiste de musique baroque. Il y avait au programme une suite de Bach,
un concerto de Mozart, et une symphonie de Beethoven.
J'avais une place de face, pour la première fois depuis que je fréquente cet auditorium,
au premier balcon, voici ce qu'on voyait du grand auditorium de cette place:
La photo ci-dessus a été prise avant le concert, vous pouvez voir l'orchestre prêt pour la suite n°3
de Jean-Sébastien Bach. Il y a cependant un intrus (que j'aime bien), c'est le celesta, à gauche sur la photo.
L'auditorium était complètement réservé, mais comme toujours, il y avait quelques absents ça et là.
Ton Koopman dirige l'orchestre et le choeur baroque d'Amsterdam, il a été cité dans ce blog lorsque
nous avons chanté la Passion selon Saint-Matthieu de Bach, en 2010, il y a une vidéo du premier mouvement de cette
Passion "Kommt ihr Töchter", à double choeur et Knabenchor, sous sa direction, visible en plus grand ici.
Il a dirigé le concert d'hier soir de la même manière, sans baguette, en petits gestes expressifs,
doublés d'un grand sourire. La suite de Bach sous sa direction fut un enchantement baroque.
La suite n°3 date de 1727, elle est en ré majeur, et c'est la plus connue des quatre suites pour
orchestre composées par Bach. Une suite, nous disait le livret, est une forme ancienne héritée de
la Renaissance, composée d'une succession de mouvements de danse régie par deux principes
fondamentaux, le lien tonal et l'unité de style. Le premier mouvement de cette suite est une longue
ouverture, comme on en entend plutôt dans les opéras ou les oratorios. Vient ensuite une aria popularisée
par une publicité télévisée et son usage ponctuel au cinéma, puis deux gavottes, une bourrée, une gigue.
Autant vous dire que, si les musiciens n'avaient pas l'espace pour s'exprimer physiquement, ce fut la
direction qui exécuta des mouvements dansants. L'orchestre était composée de hautbois, basson,
trompettes, timbales, clavecin, et cordes. J'ai noté les croches inégales, et l'appui sur la première par deux.
Une interprétation très raffinée, subtile, enchanteresse, qui m'a donné envie de trouver le CD!
Sur la photo qui précède, on voit mieux l'instrument intrus, à gauche. Il fut utilisé dans le concerto
pour piano et orchestre n°26 de Mozart, qui suivit, anachronisme flagrant puisque le celesta a été
inventé en 1886, Mozart ne pouvait pas l'avoir inclus dans la formation orchestrale de son concerto,
ce qui nous a un peu... déconcertés. L'intrus à la jolie sonorité s'est substitué au piano dans une
phrase musicale du concerto, piano qui a ensuite pris le relais pour terminer la phrase.
C'était un celesta farceur. Mais l'effet était très réussi! Le concerto n°26 de Mozart fut créé en 1789.
Il est contemporain des 39è, 40è, et 41è symphonies du compositeur. Le livret nous explique que Mozart
n'a pas pris la peine de noter l'intégralité de la main gauche du piano, ce qui était fréquent chez lui, mais
jamais avec une telle ampleur. Dans ce concerto, il a fallu compléter ultérieurement tout le second mouvement!
Le celesta farceur s'était peut-être glissé dans un vide de la partition originale, qui sait? Ce concerto, dit
"du couronnement" parce qu'il emploie trompettes et timbales, en conformité avec la pompe d'un couronnement impérial,
est gracieux, sage, et déférent. C'est une oeuvre galante, qui fut très en vogue au XIXè siècle.
L'orchestre philharmonique de Radio France, était, dans cette oeuvre composé de flûtes, hautbois,
clarinettes, bassons, cors, trompettes, timbales et cordes.
Après l'entracte, la deuxième partie du concert proposait la deuxième symphonie de Ludwig van Beethoven.
A l'époque, l'auteur s'était retranché dans la solitude après avoir appris que sa surdité commençante était incurable.
Cependant, la symphonie n°2 n'en porte aucun stigmate. Elle marque un tournant important dans la production du
compositeur, ouvrant sa période dite "héroïque". On peut parfaitement comprendre qu'il ait voulu se sublimer
en sachant que le temps lui était compté pour le faire, pendant qu'il jouissait encore de facultés auditives suffisantes.
Cette symphonie est plus classique dans sa forme que celles qui suivront, mais elle comporte déjà un
élément de rupture: un scherzo qui s'est substitué au classique menuet du troisième mouvement.
Sans surprise, c'est le scherzo inattendu qui est le mouvement le plus attachant de l'oeuvre. Un autre élément novateur,
caractéristique du style beethovenien héroïque, est la longueur du développement final de la coda.
C'est une symphonie agréable, quoique moins connue que ses suivantes. La formation orchestrale était
composée de flûtes, haubois, clarinettes, bassons, cors, trompettes, timbales, et cordes. Les cors n'étaient
pas les cors d'harmonie usuels, mais des cors à tons de rechange (avec des tuyaux supplémentaires amovibles).
Il s'agissait peut-être d'une demande du chef, dont l'orchestre néerlandais joue sur instruments d'époque,
ces cors à tons de rechange, antérieurs aux cors à pistons actuels, étaient utilisés au XVIIIè et XIXè siècles.
Voici l'orchestre à la fin de la symphonie, avec Ton Koopman:
Le concerto de Mozart et la symphonie de Beethoven furent très agréables à écouter, sous la direction
de Ton Koopman, mais mon éblouissement fut vraiment la suite de Bach, dans laquelle le chef
d'orchestre néerlandais apportait une vraie différence d'interprétation, un très joli bonus.
Un très beau concert, qui a été enregistré (celesta compris), et sera diffusé sur France Musique
le 24 juin 2016 à 20h. Bravo et merci à tous! Bedankt veel, heer Koopman!
Sylvie, blogmestre