Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Le 17 février 2006, l'un de mes amis chers est décédé prématurément. Quand je l'avais connu, il était journaliste dans
une station régionale de Radio France. Il était aussi mélomane, et avait été choriste. Aller écouter le Requiem
de Duruflé ce 17 février, dix ans après, au grand auditorium de la Maison de la Radio s'imposait comme une évidence.
Le concert débutait à 19h, soit une heure plus tôt que les concerts habituels de soirée. A 18h, alors que j'attendais en gare
RER, il y eut à Bourg-la-Reine une rétention du train que nous convoitions, au profit de deux rames qui ne s'arrêtèrent pas...
quinze minutes de patience ! J'arrivai cependant à temps à la Maison de la Radio, où, d'ailleurs, des auditeurs furent admis
même après le début du concert. Les flasheuses de billets étaient en panne, on nous ôta les codes-barres à la main...
Mon voisin remarqua que plusieurs personnes pouvaient alors passer avec le même billet sans être détectées !
Le placement était libre, le parterre était plein et la corbeille se remplit aussi complètement, à l'exception
de la partie arrière, fermée, car il y aurait de l'orgue. Des retardataires,
ne trouvant plus de places en bas, s'installèrent au centre du premier balcon.
Le concert, qui ne comportait que des œuvres de Duruflé, commença par les quatre motets
a capella que le compositeur avait écrits à des fins liturgiques, mais qui sont plutôt joués en concert :
Ubi caritas, le si joli Tota pulchra es, Tu es Petrus, et Tantum ergo. Le Choeur de Radio France était
dirigé par Florian Helgath, un jeune chef allemand gracieux et concentré. Il y eut beaucoup
d'applaudissements après cette première partie.
Une deuxième partie comportait une œuvre pour orgue de Maurice Duruflé, écrite en hommage à
Jehan Alain, musicien mort pour la France en 1940, « Prélude et fugue sur le nom d'Alain ». Interprétée
par Yves Castagnet sur l'orgue du grand auditorium, que j'entendais pour la première fois (et dont j'espère que les
milliers de tuyaux ont été dûment parrainés!) Le grand orgue a un son agréable et un peu assourdi (pour moi,
c'est une qualité, de la part d'un orgue), comme une voix qui aurait un léger souffle lui donnant un charme
particulier. L'oeuvre utilise la correspondance entre les lettres du nom Alain et la notation anglo-
saxonne de la gamme musicale A=la, B= si, C=do, etc... puis s'inspire des Litanies écrites par
son confrère musicien. L'orgue et l'organiste furent aussi très applaudis.
Puis vint le Requiem, qui dura une quarantaine de minutes, à quatre voix mixtes, accompagnées
par l'orgue (Maurice Duruflé a aussi écrit deux autres versions, avec orchestre symphonique, ou
avec petit orchestre et orgue, dans lesquelles j'ai chanté). Ce Requiem, opus 9, comprend neuf parties.
Quatre choeurs : Introit, Kyrie, Domine Jesu, Sanctus, un solo central de mezzo-soprano sur le Pie Jesu,
et quatre autres choeurs : Agnus Dei, Lux aeterna, Libera me, In Paradisum. Il est aérien, éthéré.
Je pensais que c'était parce qu'il alterne des mesures de longueurs différentes qui le désarticulent
(et n'en facilitent pas l'exécution!) mais le livret attribue à ses origines grégoriennes cette particularité
angélique. Je reconnais que ma connaissance théorique de l'écriture grégorienne ne va pas encore jusqu'à compter
les temps dans les mesures, mais j'y songerai ! L'écriture de l'oeuvre pour choeur et orgue est plus dépouillée
et plus funèbre que celle qui comprend un orchestre, laquelle est plus flamboyante. A plusieurs
reprises pendant ce concert, je constatai que j'avais des frissons. Le choeur, puissant, à quelques
mètres en-dessous de moi, et l'orgue derrière lui provoquaient une réaction physiologique,
particulièrement dans le Hosanna, qui monte fortissimo dans les aigus, et dans le Libera me.
Ah, le Libera me du Requiem de Duruflé ! Avec son Dies irae incorporé, inattendu, arrivant quand on ne
l'attendait plus, qui s'enflamme comme une torche, calamitatis et miseriae, puis s'éteint progressivement,
dum veneris judicare seculum per ignem... la chair de poule était une réponse appropriée !
Puis les sopranes du choeur se désincarnèrent pour voler très haut dans la lumière éternelle,
chantant In Paradisum, car ce Requiem-ci va au-delà du Lux aeterna, il convoque le choeur des anges
pour donner au défunt l'éternel repos, aeternam habeas requiem. Amen.
Je n'ai pas pris de vidéo pendant le concert, c'était un concert de recueillement, un anniversaire, une commémoration,
et il est habituellement interdit de filmer ou de photographier un concert dans le grand auditorium. J'ai pris une photo des
solistes et du chef, aux saluts. La partie de mezzo-soprano du Pie Jesu était chantée par Daïa Durimel,
qui est alto, et la partie de baryton du Domine Jesu et du Libera me était chantée par Patrice Verdelet.
Mais j'eus la chance, comme après le Requiem de Mozart de samedi dernier, d'avoir l'appareil photo en fonction au
bon moment, puisque, après les applaudissements et les saluts, après le concert, donc, il y eut un bis, que j'ai
enregistré, puisque ce n'était plus le concert ! Il s'agissait d'une autre pièce religieuse de Maurice Duruflé,
un Notre Père, la dernière pièce religieuse écrite par le compositeur. Je le mets en ligne ici, sous réserve
de désaccord de la part du Choeur de Radio France, ou des ayants droit du compositeur
(dans cette éventualité, la vidéo sera retirée, merci de contacter le blog).
Notre Père de Maurice Duruflé, Choeur de Radio France, direction Florian Helgath
Ce fut un très beau concert, merci à tous les participants pour l'ambiance recueillie et la qualité de
l'interprétation, merci au public chaleureux qui a apprécié cette belle œuvre à sa juste mesure.
Je ne vous dirai pas ce que mon ami évoqué faisait, avant d'être journaliste, sinon vous soupçonneriez,
comme moi, qu'il a participé, avec le choeur des anges, à la conception de cette soirée !
Sylvie, blogmestre