Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier après-midi, j'ai vu le film muet Le Fantôme de l'Opéra de Rupert Julian
à la Philharmonie, en ciné-concert.
Il s'agissait d'un spectacle en famille, et l'audience était composée de grands et de petits spectateurs,
lettrés nécessairement, à cause des intertitres. Il y avait quand même majoritairement des adultes.
J'étais placée au premier rang du parterre, c'est la première fois depuis que je fréquente la Philharmonie que
je suis au parterre. Le dispositif était le suivant : un très grand écran à l'arrière de la scène, pas de spectateurs
devant, évidemment, et sur la scène, une console d'orgue. Mes voisins de rangée s'allongèrent sur leur siège pour ne
pas avoir mal à la nuque à regarder en l'air. J'en fis autant, c'était très confortable quoique un peu incongru pour le lieu.
Le Fantôme de l'Opéra est l'adaptation du livre homonyme de Gaston Leroux, de 1910, et son action
se déroule à l'Opéra Garnier, au début du XXè siècle . Il s'agit d'un film d'horreur muet,
interprété principalement par Mary Philbin et Lon Chaney. Pendant la projection, le film
était accompagné musicalement par une improvisation somptueuse de Thierry Escaich à l'orgue.
Le Fantôme de l'Opéra a connu des adaptations multiples, plus ou moins réussies. Celle-ci est réputée
la plus fidèle au roman de Gaston Leroux. Elle a été tournée par un réalisateur américain, avec des
acteurs américains, mais certaines scènes sont presque documentaires. Ainsi il est très amusant de voir
s'animer le Palais Garnier à la Belle Epoque, avec ses spectateurs en hauts-de-forme, queues de pie, ou
crinolines, ses ballerines en tutu, ses machinistes... D'autres scènes situées à Paris ont manifestement été
tournées en studio, peut-être à partir de décors élaborés précédemment pour Notre-Dame de Paris, où le même
Lon Chaney jouait Quasimodo. En effet, on aperçoit en plan court quelques bâtisses qui n'ont rien de haussmannien,
et les portes de la cathédrale ne sont pas celles de l'époque considérée. Le sixième sous-sol de l'Opéra avec lac
souterrain, qui aurait été une chambre de torture pendant la deuxième révolution (1848) laisse perplexe...
Une chambre des tortures secrète au XIXè siècle? Une improbable remontée de la nappe phréatique, affleurant très
en-dessous du niveau de la Seine, et vidangeable de surcroît ? (c'est-à-dire que l'eau s'écoulerait encore plus bas, mais
vers où?) Très peu crédible, Leroux n'aurait pas validé un examen d'histoire ou de mécanique des fluides, à mon avis.
L'intrigue est la suivante : l'Opéra est vendu avec, dans sa loge 5, une créature nommée le Fantôme, qui
porte un masque. La créature est amoureuse d'une cantatrice, Christine, et va menacer le directeur du
théâtre et sa rivale Carlotta pour que sa favorite interprète Marguerite dans Faust de Gounod. Carlotta
passe outre, et tandis qu'elle rit de se voir si belle en ce miroir, sous sa perruque de fausses tresses
blondes, les vibrations de sa voix décrochent le grand lustre du Palais Garnier, qui écrase quelques
spectateurs et provoque une grosse panique. Christine accède au rôle, et le Fantôme lui déclare sa flamme.
Ayant aperçu son visage monstrueux, Christine tente d'échapper à son emprise avec l'aide de son amant
Raoul. Il y a une scène où les amants montent nuitamment sur le toit de l'Opéra et échafaudent des plans de fuite près
d'une statue, dans un vol de chauves-souris dérangées par leur présence, qui m'a beaucoup réjouie (pour les
chauves-souris!) Ce film qui se veut d'horreur recèle de nombreux gags hilarants. C'est une histoire
fantastico-abracadabrante à grand spectacle, mais sympathique à regarder, le méchant finit dépecé par
la foule portant des torches sur un quai de Seine (on a des antécédents dans l'Histoire de France),
où ses restes sont jetés, et les tourtereaux sont saufs. Finis (sic), c'est la fin.
La musique de Thierry Escaich magnifie le film, en appuyant les intentions du réalisateur. Le livret écrit
qu'il a vu le film plusieurs fois pour bien l'appréhender avant le spectacle. Il est en effet indispensable
qu'il sache avant nous ce qui va suivre à l'écran pour pouvoir anticiper musicalement. La musique conduit
le spectateur, elle révèle l'atmosphère de la séquence et se substitue au contenu verbal que nous
n'avons pas, elle soutient l'expressivité amplifiée des comédiens, elle supplée même à Gounod dans l'air
des bijoux de Faust...Le très grand écran, une copie du film restaurée et partiellement colorisée pour
accentuer certains passages importants, et la musique de Thierry Escaich en liant magnifique, quel
bonheur ! J'aime beaucoup le cinéma muet, et manifestement, je n'étais pas seule à prendre un très grand plaisir à
cette projection musicale. J'ai lu que Thierry Escaich avait accompagné Metropolis, qui est l'un
de mes films muets préférés.Thierry Escaich a été fort applaudi, par une salle enthousiaste.
Il pleuviotait à la sortie de la Philharmonie, et curieusement, dix kilomètres plus au sud, à la sortie des tunnels, le soleil
était toujours présent. Ayant oublié de remettre un pull sous mon manteau, je suis rentrée un peu gelée quand même...
Sylvie, blogmestre