Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Il pleuvait fort hier soir lorsque j'ai descendu ma colline d'Arcueil, qui porte vaillamment son aqueduc quadriséculaire,
pour me rendre à Notre-Dame de Paris, évitant les flaques et les projections des roues des véhicules, afin de ne pas
arriver complètement trempée. Divine surprise, le RER B me conduisit à Saint-Michel Notre-Dame en dix minutes, et sa
sortie donne devant l'Hôtel-Dieu ! Le parvis était bien luisant, rincé par l'eau du ciel, et les sapins de Noël
qui clignotent à l'entrée de la cathédrale, au pied des statues, aspiraient cette humidité de toutes leurs aiguilles.
Le concert du 15 décembre s'intitulait Mater misericordae, il ouvre l'année catholique du jubilé de la miséricorde,
de décembre 2015 à novembre 2016, et il s'agissait de musique médiévale, qui est ma préférée
sous les hautes voûtes de Notre-Dame de Paris, dédiée à Marie, mère de Jésus.
Un prêtre a présenté le concert et nous a souhaité la bienvenue. Puis les musiciens et les chanteurs de
l'Ensemble vocal de Notre-Dame se sont installés, ils étaient sept, cinq femmes et deux hommes, quatre
musiciens, quatre chanteurs, un chef. Le compte y est bien, car deux ont un double rôle, Sylvain Dieudonné
qui dirige le concert et joue de la vièle médiévale à archet, et Raphaël Mas, contre-ténor et percussionniste.
Deux sopranes, Cécile Achille et Cécile Dalmon, une alto, Anaïs Bertrand, une flûtiste, Solène Riot, et une
harpiste, Bérengère Sardin, complètaient l'effectif de ce concert. C'est la troisième fois que je relate un de
leurs concerts sur ce blog, et la composition de l'ensemble a varié d'un concert à l'autre. Le premier concert,
qui n'était chanté que par des hommes, était d'une grande beauté un peu dépouillée. Le second, mixte,
ressemblait à celui-ci par sa composition, plus riche en sonorités, et plus léger dans les textes. Dès que les
voix se sont élevées, la magie a opéré, l'adéquation parfaite de l'immense construction de pierre taillée avec
cette musique ancienne a saisi les auditeurs. A ce moment précis, je n'avais même plus envie de regarder
le livret, pourtant rédigé avec beaucoup de soin et de précision, seul comptait l'instant, et se laisser emporter dans
le temps. J'entendais des personnes alentour commenter brièvement la beauté des voix et des chants qui nous étaient
donnés à entendre. Entre deux chants, il y avait le silence, un silence nourrissant et nécessaire à la
concentration, à l'élévation spirituelle. J'ai aimé particulièrement les duos, les voix entrelacées deux à
deux, les deux sopranes, l'alto et le contre-ténor, et la combinaison des quatre voix.
J'ai beaucoup aimé les estampies royales, instrumentales, que je connaissais, et qui sont la preuve dansante
que, non, la musique médiévale n'est pas austère ou ennuyeuse ! J'ai aimé les textes en latin médiéval et en vieux
français, patiemment retranscrits sur le livret, (auquel, la première extase passée, on revient forcément pour ne pas
être perdu), textes traduits en français et en anglais modernes, avec leurs références (pour les innocents que
nous sommes en matière de musique ancienne, je me permettrais de suggérer une indication sur les voix et instruments
utilisés dans la pièce interprétée, qui permettrait de mieux se repérer dans le livret) J'ai beaucoup aimé les
instruments anciens, à l'agréable sonorité, mais modestes et légers, dont la fonction était autrefois
ambulante. Un beau concert, enrichissant, un moment hors du temps, de méditation et de joie.
J'ai compati enfin car la cathédrale était froide, et qu'on a grand mérite à chanter et jouer dans une église froide, qui absorbe
la chaleur corporelle. Nous, les artistes, ne sommes pas de purs esprits ! Les auditeurs ont applaudi avant le dernier morceau,
ce qui rejoint ma remarque quant au livret, puis à nouveau après le dernier morceau. Une dame devant moi a filmé tout le
concert, mais il lui manquera l'émotion suscitée par la cathédrale elle-même, qu'il est difficile de mettre en vidéo. Je me suis
contentée de trois photos, pour gêner le moins possible, et j'ai conservé les deux meilleures. La cathédrale hébergeait
de grandes tapisseries murales colorées, montrant des animaux et des fleurs, qui suscitèrent la curiosité à
la sortie du public. Quand nous avons retrouvé le parvis, la pluie avait cessé, les flaques avaient disparu,
les touristes prenaient en photo les sapins décorés placés entre la grille et le portail...
Sylvie, blogmestre