Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Hier soir je suis allée écouter un concert Brahms Schoenberg au grand auditorium de la Maison de la
Radio, en compagnie de François, basse du Choeur Deux, qui s'était proposé pour le deuxième billet
de concert que j'avais réservé par erreur à la suite d'une rupture de connexion internet pendant la
commande (merci François!). Nous avions deux places isolées sur la même rangée du deuxième balcon,
haut perché, et que l'on gagne par des escaliers dérobés...
Je suis toujours un peu surprise par la différence entre la proposition des places à la réservation (j'ai réservé les deux
dernières de catégorie 4, la catégorie 5 étant complètement vendue), et l'occupation réelle des places concernées le jour
du concert (bien plus faible)... Y a t'il une migration massive vers le premier balcon juste avant le début du concert qui
m'aurait échappé ? Quoiqu'il en soit, voici à quoi ressemblait l'orchestre depuis la place 6T6, dont les sons
montaient parfaitement jusqu'à nous. On voyait très bien les percussions, souvent le théâtre d'actions décisives.
Le concert était joué par l'Orchestre philharmonique de Radio France, sous la direction de
Karl-Heinz Steffens. Il comportait trois œuvres, la symphonie de chambre n°2 d'Arnold Schoenberg,
le concerto pour piano et orchestre n°1 de Johannes Brahms, et le quatuor n°1 pour cordes et piano
de Johannes Brahms, dans sa version orchestrale signée Arnold Schoenberg.
N'ayant aucun pré-requis en dodécaphonisme, je décidai de prendre Schoenberg comme il se présentait,
avec les sens et le cœur, ce qui fonctionna très bien. La symphonie de chambre était interprétée par une
formation musicale réduite, et comportait deux mouvements, présentant la particularité d'avoir été
composés à 30 ans d'écart, le compositeur qui avait beaucoup évolué entre-temps reconnaissait qu'il ne
savait plus, lors de la création du second mouvement, ce qu'il avait voulu exprimer dans le premier.
De fait, j'ai trouvé le premier mouvement (écrit en 1906) moins abstrait que le second (contemporain du
début de la deuxième guerre mondiale), peut-être était-ce une transcendance du ressenti et de la
tension du compositeur, qui s'exilerait bientôt en Amérique.
Le concerto pour piano de Brahms, qui m'était familier, soulagea la tension ressentie précédemment.
Interprété par l'orchestre au complet et par la jeune pianiste Lise de la Salle, ce concerto classique
en trois mouvements met sur un plan d'égalité le piano et l'orchestre, qui se répondent, en écho l'un de
l'autre. Mes deux mouvements préférés sont le premier et le troisième. Ce concerto fut composé sur quatre
années, de 1854 à 1858, durant lesquelles survint la mort de Schumann, auquel on sait que Brahms
était très attaché. Il avait vingt-cinq ans lorsque l'oeuvre fut créée à Hanovre en 1859. La pianiste
Lise de la Salle était éblouissante de virtuosité, la partition étant, selon le livret, « l'une des plus périlleuses
du répertoire ». Elle était d'ailleurs éblouissante tout court, vêtue d'une robe de dentelle transparente noire sur fond
vert pâle, la nudité de ses bras faisant ressortir ce déroulé de mains gracieux qui est particulier au jeu des pianistes.
Très applaudie, embrassée par le chef, elle fut rappelée plusieurs fois et joua en bis un Prélude de Debussy.
La troisième œuvre du concert, après l'entracte, était un quatuor avec piano de Brahms, créé notamment
par Clara Schumann en 1861 à Hambourg, puis orchestré par Schoenberg en 1937, et créé dans sa
version orchestrale à Los Angelès par Otto Klemperer en 1938, soit une odyssée musicale transatlantique et
biséculaire. Schoenberg considérait Brahms comme l'un de ses modèles. L'oeuvre est très intéressante
en ce qu'on voit bien les apports initiaux de Brahms et la coloration plus contemporaine qu'y a apporté
Schoenberg, notamment dans les percussions. C'est une pièce en quatre mouvements dont le quatrième
éclipse par sa brillance les trois précédents. On y retrouve l'auteur des danses hongroises et des
Zigeunerlieder que nous avons chantés (le tempo du mouvement est « rondo alla zingarese, presto ») avec le
soupçon de modernité joyeuse qu'apportent xylophone, métallophone, tambourin, tambour, cymbales,
et triangle. Ce quatrième mouvement orchestré emporte l'enthousiasme du grand auditorium, sous
la direction précise et dynamique de Karl-Heinz Steffens, qui nous fait face, et qui est lui aussi somptueux, car
on devine lors des mouvements amples qu'il porte de très jolies bretelles rouges sous sa veste à queue de pie.
L'orchestre et le chef sont très applaudis. Nous ressortons plus tardivement que d'habitude.
La Tour Eiffel est toute sombre, et François rate son bus de justesse. Nous remontons l'avenue du Président Kennedy
en commentant le concert, vers la station de métro Passy, et croisons un panneau brun
indiquant que le Musée du vin est rue des Eaux, ce qui nous fait sourire...
Sylvie, blogmestre