Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!
Retour à la Maison de la radio, ce jeudi 5 novembre. Au programme, deux pièces orchestrales
de Benjamin Britten, et une symphonie de Piotr Ilitch Tchaïkovski. J'ai pu réserver sans difficulté une place
au second balcon, côté violons, sans surprise acoustique pour ma configuration musico-spatiale personnelle !
Le concert est joué par l'Orchestre national de France, dirigé par Edward Gardner.
La salle est un peu moins pleine que d'habitude, il faut dire que sir Simon Rattle qui dirige à guichets fermés
l'intégrale des symphonies de Beethoven à la Philharmonie, constitue une très sérieuse concurrence ! Britten est
musicalement moins accessible que Beethoven au grand public, mais nous avons dans le grand auditorium
de la Maison de la radio, ce soir, des mélomanes aguerris ! Le concert commence par la Sinfonia
da Requiem, écrite au début de la seconde guerre mondiale, à New-York, où le compositeur britannique
s'est exilé. La pièce, œuvre majeure de Britten, est très intéressante à regarder de mon perchoir (premier
rang du deuxième balcon, d'où j'ai une vue plongeante sur l'orchestre), car elle est plus sonore que mélodique,
c'est à dire que les instruments produisent des sons parfois acoustiquement inattendus, se répondent,
« balancent » d'un instrument à l'autre, dit le livret, et qu'il est fascinant d'observer ce ballet sonore
sous la baguette du chef britannique Edward Gardner, très primé et très charismatique, qui ne
ménage pas sa peine. C'est un Requiem condensé d'une vingtaine de minutes : Lacrymosa, Dies irae,
Requiem aeternam, qui traduit la désolation de la guerre et l'espoir d'un apaisement. J'aime!
A écouter, ou mieux, à regarder en vidéo pour le balancement instrumental, si vous ne connaissez pas.
La seconde pièce de Britten jouée est le concerto pour violon et orchestre. La partie de soliste est
interprétée par le violoniste canadien virtuose James Ehnes, sur un Stradivarius de 1715 (lui non plus ne
se sépare pas de son précieux instrument!) dont il tire des accents étonnants. Dans cette pièce, Britten a voulu
rendre hommage aux victimes de la guerre d'Espagne, et traduire la conscience d'une Europe de 1939
basculant dans le conflit. Dans une lettre de 1939 à sa sœur, écrite de Woodstock, il dit qu'il craint ne
pas trouver d'interprète pour le solo de violon dont « la virtuosité est redoutable ». James Ehnes nous
en a fait une ample démonstration ! Longuement applaudi, bissé, il jouera en prime un extrait du
troisième mouvement de la deuxième sonate de Bach, qui met bien en valeur la sonorité particulière
de l'instrument ancien. Vous pouvez entendre cette pièce et tout le concert en replay
sur le site de France Musique, ou grâce à l'incrustation du player ci-dessus.
Après l'entracte, la première symphonie de Tchaïkovski, datant de 1868, nous ramène à un univers
plus mélodique. Baptisée ultérieurement à sa création « Rêves d'hiver » par le compositeur, elle lui
aurait été inspirée par les paysages hivernaux russes. On retrouve ici, dans une forme plus mélodieuse,
le balancement instrumental mentionné précédemment dans les œuvres de Britten. Dans la symphonie
de Tchaïkovski, ce sont des phrases musicales qui se répondent, des bois aux cordes. On retrouve aussi
la météo hivernale : de la brume, des frimas, des tourbillons... Deux flûtes se partagent les trois premiers
mouvements, le troisième flûtiste ne jouera du piccolo que dans le quatrième mouvement, dansant,
adapté d'un chant populaire qui ressemble beaucoup à une danse folklorique, rythmé et très sonore.
A la fin de chaque mouvement, il y aura des applaudissements, fait inhabituel en ce lieu, en cours de
symphonie, mais il faut dire que le chef Edward Gardner, aux commandes de l'Orchestre national
de France suscite l'enthousiasme. La symphonie s'achève dans un final brillant, puissant, martelé,
quasiment beethovenien. Applaudissements nourris du public, très satisfait de sa soirée.
Il a plu pendant le concert, mais lorsque nous ressortons, la pluie a cessé. La Tour Eiffel porte un collier de lumineux
rubis, émeraudes et saphirs autour de son troisième étage, prélude aux fêtes de fin d'année, qui lui sied à ravir...
Sylvie, blogmestre
NB : si vous n'avez jamais chanté d'oeuvre de Britten, voici une vidéo d'un extrait de Ceremony of carols
par la Maîtrise de Radio France, dirigée par Sofi Jeannin, qui donnera en concert les Carmina Burana
le 10 novembre au grand auditorium, les places sont à des prix très abordables et réservables en ligne, qu'on se le dise!