Ex-blog des choristes des Choeurs de Paris 13, lieu d'échanges entre les choristes de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs! Instrumentistes de toutes cordes, vocales ou autres, bienvenue aussi!

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Schönberg, Strauss, et les forêts

Le dernier concert que j'ai entendu était, en janvier dernier, la Symphonie pastorale, sixième

symphonie de Ludwig van Beethoven, donnée à la Philharmonie sous la direction de Philippe Jordan.

J'étais de retour à la Philharmonie ce samedi 17 octobre en fin d'après-midi, entre 18h30 et 20h,

pour deux poèmes symphoniques sur la forêt, interprétés par l'orchestre de l'Opéra national de Paris,

sous la direction de Philippe Jordan, "La nuit transfigurée" d'Arnold Schönberg, et "La symphonie

alpestre" de Richard Strauss. Malgré la très longue interruption de la musique vivante dans mes

activités, vous pourrez constater une certaine continuité dans les choix musicaux!

 


Le même concert avait déjà été donné la veille, nous étions au premier jour des vacances de

Toussaint, avec obligations de distanciation, et le concert du jour avait été avancé de deux heures

pour satisfaire aux contraintes du premier jour de couvre-feu, alors que les réservations étaient en

cours depuis des semaines. La salle était donc modérément pleine, avec ce corollaire que l'on

voyait remarquablement bien. J'étais au premier balcon latéral, surplombant l'orchestre du côté droit,

avec les harpes et le célesta en dessous, et l'orgue grondant plus haut sur ma gauche.

 


 


Les deux oeuvres seraient enchaînées sans entracte, et nous ressortirions vers 20h (mais

arracher des mélomanes à l'orchestre de l'Opéra c'est toujours très dur...). Le concert fut précédé

d'une annonce de dédicace de la première oeuvre à la mémoire de l'enseignant qui a perdu la vie

dans des conditions atroces, et suivie d'une minute de silence. Puis débuta La nuit transfigurée de

Schönberg, une oeuvre de jeunesse du début du XXè siècle, de nature post-romantique, écrite

d'après un poème de son ami Richard Dehmel, qui raconte une nuit passée dans une forêt.
 


Avez-vous déjà passé une nuit dans une forêt? Je l'ai fait pendant un stage de survie, c'est une expérience très

curieuse, très vivante, grouillante de petites vies et de petits bruits, surprenante lors de contacts insolites, splendide

quand la nuit est éclairée de lune. Schönberg avait d'autres idées, mais ma version de la nuit en forêt

s'accordait aussi à sa musique, formée davantage de sensations et d'émotions musicales

que de mélodies. L'orchestre, en formation réduite, et son chef furent très applaudis.

 


La symphonie alpestre de Strauss est, en réalité, non une symphonie avec des mouvements distincts,

mais un poème symphonique de vingt-deux tableaux enchaînés (elle figure déjà, lors d'un concert précédent,

dans ce blog). C'est le chemin d'un randonneur qui part en montagne pour la journée, et croise des

alpages, des fleurs, des cloches de vaches, des sommets, une forêt, un cours d'eau. Arrivé au sommet,

il contemple le paysage, ce qui constitue l'apogée musicale de l'oeuvre. Puis, il redescend en voyant

le ciel se couvrir, on l'imagine pliant les genoux pour descendre plus vite, mais l'orage le rattrape,

il est au-dessus de lui, les gouttes s'abattent de plus en plus rapidement, et le ciel tonne (grand orgue,

à la surprise des auditeurs assis juste devant). Le paysage musical est grandiose, il y a une fanfare

de cuivres, le chef prend des allures de grand ordonnateur céleste.

 


Un roulis de flûtes hors fanfare annonce une petite accalmie, le soleil fait un retour timide pour aller

se coucher, une atmosphère apaisante souligne la fin de la journée. Strauss était bavarois, pour avoir

passé deux mois studieux dans le sud de l'Allemagne, je connais les montagnes dont il parle, où nous allions randonner

le week-end... L'une de ces sorties m'a même laissé un souvenir définitif à la main gauche, mais quelle beauté!

Le public a manifestement adoré la symphonie alpestre et fait presque autant de bruit en applaudissant

que si la salle était remplie. Le chef est rappelé encore et encore, et fait lever ses pupitres l'un après l'autre.

Un concert splendide, une soirée musicale brillante, je repars sur un petit nuage sans éclairs.

 


Nous repartons vers les transports en commun, métro à 20h11, Gare du Nord à 20h22,

RER, Arcueil vers 20h50, maison vers 21h. Jouable, le couvre-feu! Soirées musicales possibles!

 

Sylvie, blogmestre


 


Bonus: photo de la future blogueuse, en randonneuse malchanceuse, la main en sang dans les Alpes bavaroises

(sur le panneau, il y avait pourtant judicieusement indiqué "entrée à votre péril"!)

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